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Introduction
Cet article vise à mettre en lumière le rôle majeur joué par les sciences du traitement de l’information, tout particulièrement dans leur évolution récente, dans le développement d’une approche interdisciplinaire de la recherche scientifique. J’adopte dans ce but une vision systémique qui s’articule autour des points suivants :
- les lieux, les instants et les formes de confrontation entre humains et artefacts techniques se multiplient, qui induisent à renouveler les statuts accordés aux systèmes techniques, à leurs usagers et à leurs environnements ;
- de nouveaux objets d’étude, de nouvelles finalités de recherche émergent dans le même temps, qui ébranlent les frontières disciplinaires ;
- des visions plurielles s’élaborent ainsi, qui vont s’ancrer progressivement dans le mouvement d’explicitation, de modélisation et de confrontation suscité par les sciences de l’information ;
- de nouveaux instruments des pratiques collectives surgissent enfin, qui sont susceptibles de renouveler en profondeur les approches du travail interdisciplinaire ;
Je vais développer ici les trois premiers points.
Des confrontations croissantes entre humains et artefacts techniques
Alors que les lieux, les formes et les moments de couplages entre artefacts techniques et humains vont croissant, des tensions nouvelles surgissent, qui questionnent de manière profonde le statut même des systèmes techniques, des humains, de leur environnement et de leurs relations.
De nouvelles modalités d’inscription de l’information sollicitent de manière croissante nos facultés sensorielles, perceptives et interprétatives, de nouvelles modalités de circulation de l’information contribuent à tisser des liens sociaux autour de valeurs nouvelles, non purement utilitaristes, de nouvelles modalités d’usage, enfin, conduisent au développement de réalités hybrides qui entremêlent l’humain et l’artefact technique. Ainsi un glissement s’opère, des technologies de l’information vers les technologies de la connaissance, de la quête de performance vers la quête de sens, du principe d’intelligibilité vers le principe d’intégration, du paradigme communicationnel vers l’analyse des médiations qui s’établissent au sein des réseaux, et qui participent à l’émergence de nouveaux collectifs.
Des tensions nouvelles surgissent dans le même temps. Alors même que les possibilités d’observation et de mesure vont croissant, et augmentent la masse d’informations à gérer, la difficulté est grandissante de déterminer les contextes d’opération et d’usage, et de construire les savoirs et les corpus de connaissances nécessaires à leur exploitation. La légitimité même de certaines connaissances, et plus spécifiquement les principes d’explicabilité et de causalité qui fondent la conception des artefacts techniques, sont remis en question face à une rationalité qui se détermine comme située et plurielle : caractère premier de l’expérience immédiate et de la situation, caractère entrelacé des dimensions de la subjectivité, de l’intentionnalité et de l’implicite, ancrage spatio-temporel de la mémoire et des savoirs. Enfin, les fondements de l’organisation que sont les normes et les règles, les fondements de la production que sont les principes de réutilisabilité et d’évaluabilité, sont remis en cause par la nécessité d’affronter la parcellisation des savoirs et de garantir la pluralité d ’expression, d’affronter le changement et d’assurer la réactivité, de laisser place à une forme d'inachèvement et d'incomplétude, considérés comme moteurs de l'interaction, enfin de considérer l’organisation comme sous-tendue par des processus dynamiques de régulation et d ’apprentissage.
Il paraît nécessaire dans ce contexte de renouveler les statuts attribués aux humains, aux non-humains, et à leurs environnements, et plus fondamentalement de (re)penser la dynamique de leurs interrelations, en considérant le système technique non comme « simple » interface ou « pur » outil de communication mais comme médiateur de l'activité humaine dans ses dimensions biologiques, cognitives, et sociales.
Il convient en particulier de rappeler le nécessaire ancrage de la technique dans l’humain : comme le souligne Laurent Gille [6], « on ne peut penser l’innovation technologique sans penser les conditions humaines de son appropriation et de son émergence ». Dans une perspective duale, on ne peut non plus penser l’évolution du savoir humain sans penser le rôle des médiations techniques dans les principes de son appropriation et de son évolution.
Il convient donc de développer une vision intégrée des relations entre humains et artefacts techniques, qui nous conduit à penser les chaînes d’interdépendance qui lient les dimensions biologiques, cognitives et sociales de l’humain, qui lient les dimensions matérielles, logicielles, de conception et d’usage des artefacts techniques, qui lient enfin les faits humains, les faits techniques et la construction des savoirs.
Progresser dans la compréhension de ces enjeux signifie développer une interdisciplinarité forte. Une telle interdisciplinarité ne peut s’articuler ni autour d'une prescription par les modèles informatiques, ni autour d'une confrontation humain/non-humain : elle met en jeu des objets d’étude nouveaux, des finalités scientifiques nouvelles, qui font bouger les espaces disciplinaires.
Des nouvelles finalités scientifiques
De nouvelles finalités surgissent, dont certaines ont été délimitées par le département STIC (Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication) du CNRS sous la forme de réseaux thématiques pluridisciplinaires (la liste des réseaux thématiques pluridisciplinaires RTP déjà actifs ets consultable sur le site du CNRS). Quelques-unes d’entre elles sont mentionnées dans ce qui suit.
Le développement des interfaces de réalité virtuelle ou augmentée, l’apparition des environnements dits «immersifs» demandent de progresser dans la compréhension des bases sensori-motrices de la cognition humaine (RTP 15). La production cognitive elle-même se trouve modifiée, ainsi que les modes d'interaction sociale, et les questions de l’action située, de l’action collective et de la construction du sens se posent de manière nouvelle (RTP 38). Les possibilités de communication s’ouvrent dans le même temps, et par-delà le verbal et le langagier, deviennent gestuelles et iconiques. La compréhension des phénomènes de construction de la signification et de la référence, des effets de pragmatique, au niveau cognitif (intentionnalité) et social (croyances) devient cruciale (RTP 14).
La numérisation des textes, des images et des sons, de leur exploitation et de leurs technologies de production ouvre des perspectives nouvelles en termes d’accès aux œuvres et aux biens culturels, et de valorisation des ressources patrimoniales (RTP 33). Les outils de l’ingénierie des connaissances, de la terminologie et de la linguistique des corpus, les modèles intentionnels, collaboratifs et sociaux de la recherche d’information sont ainsi mobilisés de manière accrue. Un nouveau contexte s’ouvre simultanément pour l'étude des arts et la compréhension du fait artistique (RTP 40). C'est aussi une révolution de l'infrastructure technique des industries culturelles, élément décisif du développement économique. Le développement des modèles, des outils et des infrastructures favorisant la diffusion et la mutualisation de connaissances apporte une contribution essentielle à l’amélioration des dispositifs d'éducation et de formation et plus universellement à l'apprentissage humain (RTP 39).
La pénétration croissante des technologies dans tous les secteurs de la société et de la vie conduit à accorder une place centrale aux questions de l’acceptabilité, de l’ergonomie et des usages (RTP 32). L’insertion des préoccupations d’usage dans le processus de conception et de développement des services d’information et de communication devient cruciale, et il s’agit également de développer les possibilités de travail coopératif assisté par ordinateur. Les technologies de l’information et de la communication jouent enfin un rôle important dans l’économie et l’organisation du travail, et deviennent un moteur de l’évolution des organisations et de l’accroissement de la compétitivité économique (RTP 35). Ce mouvement s’accompagne de nouveaux modes de formation et de régulation des collectifs humains et de leur gouvernance, qui conduisent à de nouvelles modalités du contrôle social : les questions du droit , de la sécurité, du respect des libertés doivent ainsi être considérées avec un intérêt renouvelé (RTP 36). Leur formalisation, leur accessibilité, leur impact sur le développement de nouvelles formes de participation et de décision et sur le renouvellement du débat démocratique doivent être étudiés.
Un lieu d'apprentissage de la pluralité
Si le réseau Internet nous pousse à penser l’information dans ses flux et la pluralité de ses mises en contexte, la recherche en réseau, dans un mouvement conjoint, pousse à penser la science dans sa dynamique, et la pluralité de ses référents.
Une vision plurielle des notions fondamentales que sont l’information, la cognition, l’action et l’interaction accompagne ce mouvement, qui en multiplie les dimensions et les référents d’analyse.
Des visions plurielles s’élaborent ainsi, qui vont s’ancrer progressivement dans le mouvement d’explicitation, de modélisation et de confrontation suscité par les sciences du traitement de l’information.
Exercer l’interdisciplinarité, c’est bénéficier de cette pluralité, c’est garantir la circulation des idées et la mobilité des conceptions. Ce ne peut être assimiler autrui à un autre soi-même ou s’appuyer sur une correspondance supposée des concepts et des théories [3], ce ne peut être non plus cantonner autrui aux niveaux de discours « supposés » de son intervention, ou refuser son apparition sur les terrains qui nous sont propres par crainte des remises en cause nécessaires. Exercer l’interdisciplinarité implique au contraire «une volonté d’alliance qui suscite l’explicitation des postures et des modèles, et qui favorise la reconnaissance et le développement de référents multiples et complémentaires selon lesquels postures et modèles seront en retour éclairés et critiqués de manière renouvelée, une volonté d’alliance où l’on utilise l’autre pour en apprendre à son sujet, pour mieux comprendre le sens de ce que l’on fait en reconnaissant le choix dont on procède» [4].
Au cœur de ce mouvement se situent les modèles, qui «n’ont pas de signification pris isolément, mais replacés dans le jeu des relations au sein du quadruplet : {problématique, théorie, modèle, domaine phénoménal}» [1].
La coopération interdisciplinaire implique ainsi, non pas de considérer ces éléments de manière isolée, désincarnée, mais d’ancrer les nécessaires efforts d’explicitation mutuelle au sein de la dynamique suscitée par leurs inter-relations.
Selon Bruno Bachimont, en effet, «une recherche théorique ne peut pas être interdisciplinaire…Ainsi, les objets d’étude d’une discipline théorique sont-ils des objets construits depuis un point de vue idéal et abstrait. Ce point de vue idéal et abstrait abolit par définition les propriétés et caractéristiques de la réalité qui ne s’intègrent pas à ce point de vue pour mieux isoler les caractéristiques pertinentes et les théoriser. Par conséquent, une discipline ne se constitue qu’en abolissant les autres …»
En outre, les modèles jouent un rôle essentiel dans le processus de construction et de formalisation des objets interdisciplinaires, comme pivot de l’articulation entre réflexions théoriques et pratiques expérimentales : «la modélisation est une méthode particulièrement pertinente et fructueuse dans ce processus…, par l’exigence de rigueur qu’elle apporte… Elle permet également de simuler des alternatives, d’explorer de plus amples échelles de temps, de légitimer des conditions d’utilisation en précisant le domaine de validité des résultats.» [9]
Les Sciences du Traitement de l’Information ont ici un rôle essentiel à jouer, «qui contribuent à la conception et à la réalisation de systèmes artificiels qui permettent à des usagers de se représenter, de comprendre, d'intervenir sur une certaine réalité….» [5]. Elles offrent en effet, par le biais de la démarche de l’ingénierie qui les accompagne, un angle d’étude pragmatique sur les théories, en permettant d’évaluer leur spectre d’application, ainsi que leurs dimensions de réutilisation et de généricité [10].
Les concepts ainsi produits se caractérisent par leur caractère opératoire, et on s’y intéresse «à la finalité de l’objet, à ses caractéristiques intérieures et à l’environnement dans lequel il est mis en place»[10]. Enfin, la connaissance n’y précède pas l’action, «elle est co-construite dans l’action par les chercheurs en interaction avec les autres acteurs» [9]. La connaissance devient donc « actionnable », lisible par les acteurs du domaine, source de modèles compréhensibles, appropriables, partageables [12]. C’est tout le projet de l’ingénierie des connaissances, dont l’un des principes fondateur est une posture d’intervention dans la pratique des acteurs ; cette posture conduit finalement à considérer les aspects organisationnels de leur activité, postulant que « le modèle à construire et la conception du modèle sont plongés dans le système organisationnel et sont partie prenante de l’organisation » [12].
C’est ainsi que des rencontres peuvent se forger autour de projets à caractère finalisé, susceptibles d’expérimentation, autour « d’une modélisation qui se construit et se critique en tant qu’interprétation et représentation des processus observés » [11], autour de modèles dont la conception « postule une certaine forme d’indétermination et refuse toute forme de réductionnisme , de dogmatisme et toute logique exclusive, des modèles qui se questionnent mutuellement pour suggérer de nouveaux efforts de modélisation »[4].
Trois niveaux d’exercice de la confrontation interdisciplinaire sont finalement considérés : le niveau des théories, celui des modèles, celui des pratiques expérimentales. Leur champ d’exercice est constitué par le couple : {finalité (ou problématique), domaine expérimental}.
Ces entités sont prises en jeu au sein d’une dynamique d’interrelations complexes selon les pratiques scientifiques mises en œuvres, et leur articulation dans la pratique scientifique usuelle constitue déjà une gageure :
- du fait du réductionnisme inhérent à toute démarche scientifique, dont l’effet est de creuser l’écart entre une finalité espérée et un résultat effectif ; ce réductionnisme est susceptible d’opérer à toutes les phases de l’analyse, de l’étude théorique à la mise en œuvre expérimentale ;
- du fait de l’existence d’implicites, susceptibles d’introduire des biais à tous les niveaux du processus ;
- du fait des attributions abusives de sens (surinterprétation des résultats expérimentaux en particulier) qui masquent la réalité de la démarche engagée.
C’est tout l’enjeu de la pratique interdisciplinaire de pallier ces effets.
Une approche partielle de l’interdisciplinarité est fréquemment rencontrée, qui cantonne les disciplines à certains lieux ou certains moments d’intervention (fournir des problèmes, des théories, des données…). Ceci conduit le plus souvent au développement de formes « ancillaires » ou « instrumentales » [8] de partenariat, suscitant des rapports d’inféodation ou de dépendance, et cantonnant les disciplines dans un lieu supposé d ’intervention ou de compétence.
Il convient d’en développer aussi les formes fortes, c’est-à-dire de « forger des alliances pour penser ensemble les artefacts techniques, pour penser ensemble des architectures de réseaux intégrant humains et non-humains » [8].
Il s’agit donc de s’opposer à une approche visant à instrumenter les autres disciplines pour produire données, modèles ou théories, et à borner leur lieu d’intervention et leur moment d’exercice ; au contraire, l’enjeu d’une réelle coopération interdisciplinaire est de tirer parti de l’union des compétences.
Le moteur d'une telle dynamique est la recherche d'une pluridisciplinarité réelle. Mais celle-ci ne se décrète pas : elle s'instaure au contraire à partir de ruptures et de déséquilibres perçus [7]. Si le schéma des interactions interdisciplinaire proposé permet d’organiser les modes de la rencontre interdisciplinaire, elle ne se substitue pas au fondement de cette dynamique que serait la construction d’un questionnement scientifique commun. Celui-ci ne se réduit pas à l’énoncé des réponses ou des solutions, au contraire, il se traduit précisément par la recherche des ruptures, des verrous, par la conscience d’un manque suscitant l’émergence d’une quête mutuelle. Ces ruptures, ces verrous constituent autant de finalités intermédiaires qui ne peuvent être instituées au préalable, ni posées comme a priori, mais seront au contraire « découvertes » et construites au cours d’un processus engageant les acteurs et leurs interactions. Un champ de recherches à part entière peut ici être mobilisé, qui est celui des « pratiques collectives distribuées » et de leurs nouveaux instruments [13], et qui constitue le dernier point d’ancrage de la vision systémique proposée.
Toute la question est maintenant de savoir si les Sciences du Traitement de l’information, par ces nouveaux dispositifs, sont capables d’accompagner cette quête de l’interdisciplinarité.
Remerciements
Cet article a bénéficié de la relecture et des commentaires de Bruno Bachimont, Nicolas Balacheff, Henri Prade et Régine Teulier. Qu'ils en soient ici remerciés de tout cœur.
References
[1] N. Balacheff. A propos de la recherche sur les environnements informatiques pour l'apprentissage humain, Séminaire Cognitique sur les "Technologies de l'apprentissage", juin 2001.
[2] B. Bachimont. La complexité audiovisuelle : enjeux pour une recherche interdisciplinaire, Les Dossiers de l'Audiovisuel, n° 85 : « La recherche en information et communication en France », mai-juin 1999.
[3] D. Boullier. Contribution à la définition d’un programme de couplage STIC/SHS dans le cadre du domaine «Interactions Humaines» du département STIC, Communication interne, Département STIC, août 2001.
[4] F. Dosse. L’empire du sens, Paris : La Découverte, 1995.
[5] D. Dubois et H. Prade. La problématique scientifique du traitement de l’information, Revue I3, Vol. 1, N°2, 2002.
[6] L. Gille. La collaboration STIC - SHS : Témoignage, Réunion de lancement du RTP « Economie, Organisation et STIC », 8 novembre 2002.
[7] GdR I3. Texte fondateur, Assises Nationales, Lyon, juin 1998.
[8] C. Henry. Le Département STIC; Quelles coopérations avec les SHS, GdR TICS, Rencontres d’Avignon, juin 2002.
[9] B. Hubert et J. Bonnemaire. La construction des objets dans la recherche interdiscplinaire finalisée : de nouvelles exigences pour l’évaluation, Nature, Sciences et Sociétés, vol. 8, n° 3, pp. 5-19, 2000.
[10] P. Tchounikine. Quelques éléments sur la conception et l’ingénierie des EIAH. Actes des deuxièmes assises nationales du GdR I3, pp. 233-245, Nancy, décembre 2002.
[11] R. Teulier et P. Salembier. Modélisations des connaissances, de l’activité et de l’organisation. Complémentarités SHS-STIC, Action Spécifique, Département Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication, CNRS, janvier 2002.
[12] R. Teulier et N. Girard. Modéliser les connaissances pour l’action dans l’organisation, Actes de la conférence IC 2001, 2001.
[13] B. Turner. Pratiques Collectives Distribuées et Technologies de Coopé-ration, Action Spécifique, Département Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication, CNRS, février 2002. |
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Globalisation disciplinaire
(2 réponses)
Abdelkarim Fourati, 23 sept. 2003 11:43 UT
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Un lieu d'apprentisage de l'interdisciplinarite 
Mircea Bertea
15 sept. 2003 11:38 UT
L’article de Catherine Garbay est également incitant et passionnant. Comme Mario Borillo l'a déjà mentionné, il est aussi extrêmement grave par les enjeux sociétaux de toute nature attachés à l’émergence d’une interdisciplinarité dont les STIC sont le ferment et le moteur. En quelques mots (hélas, l’espace limité!) je veux parler de „l’essence” pour ce „moteur”, essayant de garder l’essentiel, d’un point de vue du chercheur dans les sciences de l’éducation qui considère le systhème technique non pas comme interface ou outil de communication, mais comme médiateur de l’activité humaine dans ses dimensions intégrantes, idéee fortement soulignée par Catherine Garbay.
Un article dense, bien documenté et très bien synthétisé. Quelques idées fortes: STIC comme liens sociaux autour des valeurs nouvelles, conduisant au développement des réalités hybrides qui entremêlent l’humain et l’artefact technique; la nécessité d’affronter la parcellisation des savoirs et de garantir la pluralité d’expression, d’affronter le changement et d’assurer la réactivité, de laisser place à une forme d'inachèvement et d'incomplétude, considérés comme moteurs de l'interaction; la nécessité de développer une vision intégrée des relations entre humains et artefacts techniques et de progresser dans la compréhension de ces enjeux en utilsant une interdisciplinarité forte; les RTP du CNRS (14, 32, 35, 36, 40); les enjeux d’exercer l’interdisciplinarité et la pluridisciplinarité, de co-construire la connaissance dans l’action par les chercheurs en interaction avec les autres acteurs etc., etc.
Un article qu’inspire… Par conséquent, je veux ajouter quelques suggestions et extensions possibles:
1. Les considérations et les références concernant l’interdisciplinarité sont justes, parfois mémorables. Mais, affirmer en titre (donc, l’idée forte) que les STIC sont (le) pivot de l’interdisciplinarité c’est trop, bien qu’il s’agisse d’une vision systémique! La thèse me semble contraire à l’une des idées vivantes de l’article: celle qui affirme très justement qu’une approche interdisciplinaire doit éviter „les formes ancillaires ou instrumentales de partenairiat, suscitant des rapports d’inféodation ou de dépendance”. Le mot „pivot” dans tous les trois sens usuels (axe, racine principale ou principe fondamental) est trop dure, trop ferme pour les contextes coopératif, de partenairiat réel supposés par l’interdisciplinarité. C’est aussi la situation du mot „forger” dans le syntagme „forger des alliances”, une jonction vraiment ancillaire (Voyez encore: „Trois niveaux d’exercice de la confrontation interdisciplinaire sont finalement considérés…”, où l’utilisation du mot „collaboration” ou „construction” interdisciplinaire me semble plus suggestive).
2. Repenser l’interdisciplinarité (plus que du point de vue de la STIC) signifie accélérer le dynamisme de la recherche scientifique et renouveller les hypothèses et les routes, enllargissant la dimension coopérative de la recherche, la construction d’un questionnement scientifique commun. Dans cette demarche les recherches du CIRET doivent être considérées et valorisées (Basarab Nicolescu, René Barbier, La Recherche Action). Voir aussi les recherches du Laboratoire de communatique appliquée de L’UQAM et les recherches associées au DESS en communatique (v. Pierre-Léonard Harvey, Gilles Lemire, LA NOUVELLE ÉDUCATION. NTIC, transdisciplinarité et communatique, Les Presses de L’Université Laval L’Harmattan).
3. Une approche integrative de l’interdisciplinarité doit affirmer son esprit transdisciplinaire et établir la taxonomie de ces valeurs. Si ces valeurs seront bien „humanisées”, on peut considérer que la réponse de la question finale de l’article de Catherine Garbay est entièrement positive.
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0 réponses à Un lieu d'apprentisage de l'interdisciplinarite:
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Search engines as an example of integration of humans and artefacts
(2 réponses)
Gloria Origgi, 9 sept. 2003 10:12 UT
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Vers une Société de la cognition ?
(1 réponse)
Mario Borillo, 2 sept. 2003 16:33 UT
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Une autre interdisciplinarité?
(1 réponse)
Dan Sperber, 1 sept. 2003 12:40 UT
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