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Je ne suis pas la bonne personne pour discuter des études interdisciplinaires car elles n’ont jamais été un problème pour moi. Mes études en philosophie furent plus étroites que tout ce que l’on peut imaginer aujourd’hui et j’ai adoré ça. Depuis, j’ai touché et quelquefois contribué à plus de champs de pensée que la plupart des gens ne sont jamais arrivés à effleurer. On n’attend pas des philosophes analytiques qu’ils écrivent un livre sur la physique expérimentale et un autre sur la personnalité multiple (etc.) mais pour moi cela a été la chose la plus naturelle, si ce n’est la plus facile au monde, en partie parce que je ne me considère pas comme « interdisciplinaire » mais comme appliquant ma discipline dans différentes directions. Même ma thèse de doctorat comportait deux parties sans rapport entre elles que les examinateurs acceptèrent gracieusement. L’une démontrait de nouveaux résultats en logique modale, tandis que l’autre témoignait d’un entichement pour les réflexions de Wittgenstein sur les mathématiques.
J’ai eu tendance à prendre pour modèle un homme pré disciplinaire, à savoir Leibniz. J’ai eu autrefois le projet d’écrire chaque année un article sur un sujet qu’il traita quand il avait x années, alors que j’avais moi-même le même âge. J’ai poursuivi pendant un certain temps mais ai faibli, ce qu’il n’aurait jamais fait. Il est habituellement catalogué comme philosophe, mais quel est le champ de savoir, de sagesse ou de pratique auquel il n’a pas consacré son énergie ? Etudes sur la paix. Technique des mines. Linguistique comparative. Il passa plus de jours sur ces champs (qui n’avaient pas encore été inventés) qu’à développer le calcul ou la physique naissante. Plus que toute autre chose il était curieux de tout. C’est sûrement une façon d’être interdisciplinaire. D’ailleurs, le regretté Pierre Bourdieu, personnalité vraiment interdisciplinaire, se fit aussi les dents sur Leibniz.
La curiosité, voici mon modèle, accompagné de l’impératif leibnizien, à savoir la discipline. Travaille dur et fais aussi bien que tu peux. Une sous discipline assez nouvelle en émergera peut-être. Mais n’essaye pas de créer des disciplines. Traite tes étudiants avec respect et équité, dis-leur quand tu vois que, eux aussi, essaient de faire aussi bien qu’ils le peuvent. Et dis-leur quand selon toi ils n’essaient pas suffisamment dur. Oui, c’est bien cela la discipline. Qui n’est confortable ni à administrer ni à recevoir.
Quel drôle de mot, « discipline ». Un vieux mot, ou plutôt de vieux mots, aussi vieux que les langues vernaculaires européennes, et qui traînent derrière eux moins le latin romain que l’enseignement des temps médiévaux. Aussi bien en anglais qu’en français, il y a à la fois le verbe et le nom. Le nom qui a donné le mot interdisciplinarité comprend des champs d’étude définis par leur contenu et par l’institution. Mais le verbe implique le châtiment et la punition.
L’idée à la racine est celle du disciple. Vous pouvez alors voir comment elle bifurque. D’un côté les enseignants religieux et les savants, les ingénieurs ou les artistes modernes qui ont des disciples, créent des champs de savoir, de compréhension et d’activité. D’où le nom. Mais ensuite il y a le verbe, discipliner : le maître châtie pour s’assurer que le disciple s’aligne. Je dis « châtie » car je trouve ce mot en vieux français comme en vieil anglais et fouetter est mentionné comme un moyen de châtier, de discipliner. Comme il est étrange que ces significations anciennes se perpétuent de façon sous-jacente à la conscience. Beaucoup de ceux qui protestent contre les disciplines le font parce qu’ils ont le sentiment d’avoir été fouettés par les structures institutionnelles qui déterminent les disciplines. Il n’y a pas de liberté pour vivre d’autres vies ou créer d’autres sortes de savoir.
Je connais beaucoup de gens qui ont été disciplinés par les disciplines. Je veux dire, par des patrons qui cherchent avec sévérité à maintenir les structures institutionnelles pré établies de la recherche. Il n’ait pas besoin d’aller plus loin que ce que je pense de ma propre discipline, la philosophie analytique. Beaucoup d’étudiants se sont sentis opprimés par elle. Il en est précisément ainsi parce que quelques-uns de ses praticiens ont une conception remarquablement étroite de ce qu’est la philosophie. L’étudiant ne peut obtenir un diplôme sans se conformer aux normes, ni un travail sans continuer à faire de même. Je respecte ces victimes du système, regrette leur difficile condition et j’espère avoir été quelquefois capable de les aider.
Néanmoins, je voudrais raconter une autre histoire, celle de la collaboration entre les disciplines, de l’ouverture qui a longtemps existé entre les champs d’expertise. Pas une histoire de démolition des frontières disciplinaires mais de respect mutuel qui peut créer, lorsque émerge un nouveau groupe de questions, une nouvelle discipline. A mon avis ce qui importe c’est que des penseurs et des hommes pragmatiques, honnêtes et consciencieux, respectent mutuellement leurs connaissances acquises et leurs talents innés. Vers qui d’autre aller sinon vers quelqu’un qui en sait plus que vous ou qui peut faire quelque chose mieux que vous ? Non parce que vous n’êtes pas expert dans votre domaine, mais parce que vous avez besoin de l’aide de quelqu’un d’autre. Je ne demande jamais d’aide à une personne « interdisciplinaire », mais seulement à une personne « disciplinée ». Jamais ? Presque jamais.
Pourquoi suis-je tellement satisfait ? Parce que j’ai eu de la chance. En 1965 j’ai publié un livre sur la logique de l’inférence statistique. Il eut un bon éditeur à l’époque (Cambridge). Ce qui a sûrement aidé. Mais on disait sur la couverture du livre que je travaillais alors dans une université de rien du tout (British Columbia). Ce livre avait été écrit dans un total isolement. Je n’avais parlé à aucun statisticien. C’était le produit de ma propre introversion. Dans les semaines qui suivirent sa publication je reçus de longues lettres apportant critique et soutien, de la part de statisticiens établis qui étaient préoccupés par les fondements de leur sujet. Des gens qu’en tant que fichu introverti, je n’avais fait qu’imaginer. Ils voulaient discuter, et je voulais discuter et, dans ces temps-là, il suffisait de quelques lettres pour discuter. J’appris ainsi que, si vous consacrez votre énergie à penser à ce que font les autres, dans les limites du domaine de ce que vous savez comment faire, alors ces mêmes autres voudront apprendre ce que vous faites, dans les limites du domaine ce qu’ils savent comment faire.
J’ai toujours eu de la chance. Evidemment, au fur et à mesure que mon capital culturel et académique devenait plus important, il fut de plus en plus facile de consulter des gens dans différentes disciplines. J’ai cependant régulièrement trouvé que les gens qui ont des connaissances veulent vous dire ce qu’ils font et comment le faire. Avez-vous peur de quelqu’un parce qu’il en sait plus que vous ? Oubliez ça. Il adorera vous le dire.
Ma seule expérience « interdisciplinaire », désignée comme telle, eut lieu au Centre pour la Recherche Interdisciplinaire (le ZiF : Zentrum für interdsiciplinäre Forschung) à Bielefeld. En 1982 le regretté Lorenz Krüger organisa - et trouva le financement pour - un groupe de recherche sur un an dédié à l’origine à des questions sur l’histoire de la probabilité. Il comprenait de nombreux jeunes experts, plus quelques savants établis, venant de nombreux pays d’Europe, plus des gens des Etats-Unis et du Canada. Il y avait des historiens de la science, des philosophes, des statisticiens avec une prédisposition pour l’histoire, des économistes, des mathématiciens, des psychologues expérimentaux. Oui, de nombreuses disciplines étaient représentées.
L’année fut un succès étonnant, largement dû au leadership bienveillant et sensible de Lorenz lui-même qui nous encourageait à faire ce à quoi nous étions bons et à écouter les autres faisant ce à quoi ils étaient bons. Je trouve souvent des références, dans la littérature générale, au « groupe Bielefeld». La productivité fut étonnante. Dans les premiers temps, il y eut deux volumes réunissant des articles et un volume, une sorte de vue d’ensemble, écrit par un collectif qui était un sous-ensemble du groupe. Dans les quelques années qui suivirent un nombre de livres vraiment excellents fut publié individuellement par des membres du groupe. Certains d’entre eux constituent des contributions absolument permanentes au champ - ils sont devenus des « classiques ». Plus aussi de nombreux autres articles spécialisés.
On peut dire, vingt ans après, que le groupe Bielefeld a créé une sous discipline dans l’histoire de la science, car à partir de lui de nouveaux articles et livres importants continuent à être publiés. Je suppose que l’histoire de la probabilité et des statistiques ne devrait pas compter comme une sous discipline qualifiée. De nos jours l’existence d’au moins un journal explicitement dédié au sujet constitue un bon critère sociologique pour l’existence d’une sous discipline. Il n’y a pas de tel journal pour l’histoire de la probabilité ! Néanmoins, beaucoup de recherche de premier ordre se poursuit. Je suppose que cela serait arrivé de toutes façons mais Bielefeld a fourni une référence dans le développement de ce champ.
Est-ce que le groupe Bielefeld est un modèle pour « l’interdisciplinarité » ? Oui et non. Oui, évidemment, puisque les participants venaient de nombreuses disciplines et travaillaient dans une institution dédiée par son nom et sa pratique à la recherche interdisciplinaire. Mais, en un sens, la réponse est «non». Ici je parle pour moi-même. Je n’ai jamais pensé dans ces termes et n’ai jamais entendu un de mes collègues utiliser le mot « interdisciplinarité ». Bien sûr le mot était là, dans le nom de l’institution qui nous recevait, mais comme nous l’appelions simplement le ZiF, nous ne l’avons jamais entendu. Nous nous considérions comme des individus venant de disciplines différentes avec certains intérêts communs.
Autorisez-moi un exemple. Il y a quelques années j’ai eu le privilège d’assister à la célébration du quatre vingtième anniversaire de l’anthropologue Mary Douglas. Elle prenait place de façon assez appropriée dans les locaux plutôt impressionnants de la British Academy. Sept personnes parlèrent des aspects de son travail (Risque et culture en ce qui me concerne). Il n’y avait qu’un seul orateur anthropologue et il parla des premières recherches de Mary au Congo. Il y eut aussi un sociologue politicien renommé, assez proche je suppose. Mais on aborda d’autres sujets comme la nourriture et les « abominations du Lévitique » - Douglas devint fascinée par les règles de pureté du Pentateuque - et quelque commentaire d’un spécialiste de la Bible etc. Elle est interdisciplinaire ! Sauf que ce n’est pas l’idée que je me fais d’elle. Bien plutôt elle applique son esprit et ses talents pénétrants et totalement non conventionnels à ce qui l’intéresse. Je lui demanderai, la prochaine fois que je la rencontre, si elle se considère comme autre chose qu’une anthropologue (non-conformiste) d’une éducation, d’une tradition et d’un genre particuliers. J’en doute.
Je conclue sur un de mes actuels dadas. Il y a aujourd’hui une conscience croissante du rôle fondamental que les diagrammes peuvent jouer dans la communication des idées. Le diagramme de Feynman est omniprésent en physique moderne et c’est un outil indispensable pour la pensée. Je me suis mis à m’intéresser aux diagrammes en arbre. Il y a des scientifiques cognitifs qui soutiennent fortement que le fait de disposer sous forme de diagrammes en arbre des hiérarchies, des taxonomies, des processus temporels et des choses du même genre peut être en réalité inné, qu’il y a peut-être même dans le cerveau un module de diagrammatisation en arbre.
L’imagerie en arbre est certainement très profonde dans la culture humaine : l’Arbre de Vie remonte à Babylone et à l’Assyrie, bien avant la Bible hébraïque et l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal est ancien lui aussi. Le candélabre dans le Temple, le Menorah, sont des arbres avec des branches. La Croix est un arbre, elle est taillée comme tel, et bien sûr faite de bois. Les représentations d’arbre sont présentes dans la plupart des civilisations, même si c’est dans les régions où il n’est pas si facile de croiser un arbre qu’elles sont très frappantes. Cependant l’utilisation de diagrammes en arbre semble très récente.
A quel point récente ? J’ai dit dans des séminaires, sans faire attention, que la hiérarchie linnéenne dans laquelle les classes sont définies par division (espèce, genre, ordre, classe) produisit évidemment une structure en arbre. Une étudiante protesta que, avant la théorie évolutionniste, les taxonomistes systématiques ne pensaient pas en termes d’arbre ni ne dessinaient des arbres. Eh bien, elle avait raison. J’ai adopté ce que j’appelle « la maxime de Scharf » : ce n’est pas un arbre, sauf si c’est dessiné comme un arbre et appelé un arbre.
Je devins curieux des diagrammes en arbre en général. Par exemple dans la logique traditionnelle il y a ce qu’on appelle « l’Arbre de Porphyre » mais qui n’est ni trouvé ni mentionné dans l’Isagoge de Porphyre (son introduction aux Catégories d’Aristote) écrit aux environs de l’an 300. Il y a aussi les arbres généalogiques, l’arbre de Jessé, les arbres de consanguinité, qui déterminent les empêchements au mariage (soit l’inceste). Les tables de relations de parenté, qui ont joué un grand rôle dans l’ethnographie du vingtième siècle. Les arbres sont importants en logique et essentiels dans de nombreux aspects de la science informatique, bien que le premier théorème sur les arbres ne semble avoir été publié qu’en 1857. Durant les deux ou trois derniers mois, j’ai consulté, généralement par emails, un large éventail d’experts dont la plupart ont été extraordinairement généreux. Je ne lis pas correctement le latin, oublions le grec, mais je pense maintenant que les premiers arbres logiques furent dessinés et décrits en Syrie peut-être aux environs de 500. Les symboles mêmes de cet alphabet ne me sont pas intelligibles. J’ai donc été consulter des maîtres de telle ou telle langue - et des biologistes, des anthropologues, des experts byzantins, des experts de la Renaissance, des scientifiques informaticiens. J’essaie toujours de trouver des historiens de la logique islamique qui puissent m’aider. Tout cela pour comprendre ce que nous pourrions appeler les cultures et les utilisations des diagrammes en arbre.
Au cas où cela intéresserait quelqu’un: je crois à présent que dans l’Est, ou plutôt dans l’Asie de l’Ouest, les diagrammes en arbre commencèrent tôt, disons en 500. En Europe occidentale, et particulièrement en Espagne, il y a des arbres de consanguinité depuis 600 mais ils sont étendus à des arbres généalogiques, l’Arbre de Porphyre, l’Arbre de Jessé seulement aux environs de 1100, toujours en Espagne, véritable point de jonction des civilisations chrétienne occidentale, juive (spécialement la Cabale) et islamique. Le plus grand fétichiste de diagrammes en arbre de tous les temps était un catalan, Raymond Lulle, qui était au point de jonction aux environs de 1300. Et qui se trouve avoir été un des héros de Leibniz. Paolo Rossi écrivit un livre remarquable sur l’histoire de la logique combinatoire et du langage universel - « de Lulle à Leibniz ».
Evidemment le fait que les diagrammes en arbre soient si récents dans l’histoire humaine n’implique pas qu’ils ne soient pas enracinés dans un module mental universel. Cela impliquerait que les êtres humains n’apprirent à utiliser et représenter cette faculté que dans les temps historiques. Il y a une question supplémentaire pour une discipline en évolution, à savoir la science cognitive. Nous n’avons pas encore établi comment faire fonctionner ensemble les questions de culture et de cognition.
Est-ce que ceci est une quête interdisciplinaire ? En un sens, « oui » : je consulte des experts de disciplines qui sont mutuellement inintelligibles. Je dois encore rencontrer une personne vraiment experte en civilisation byzantine qui comprenne aussi la théorie évolutionniste - ou vice-versa. Mais en un sens plus important la réponse est « non » : des savants fortement disciplinés apportent de l’aide à un projet lorsqu’il est facile à expliquer et facilement captivant.
Je m’excuse pour une contribution bien trop satisfaite à cette série de discussions en cours. Je respecte les questions soulevées par mes collègues, mais j’ai pensé que cela valait la peine de dire un mot en faveur de la collaboration de disciplines qui n’ont pas besoin d’être, quelque soit l’importance du terme, «interdisciplinaires». |
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A Berkeleyan critique of interdisciplinarity
(0 réponses)
Marta Spranzi, 21 janv. 2004 17:05 UT
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Some additional définitions and models
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Iskender Gökalp, 18 janv. 2004 17:12 UT
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Loaded Terms
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Julie Klein, 15 janv. 2004 14:08 UT
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Disciplining practices.
(0 réponses)
Alice ter Meulen, 14 janv. 2004 16:53 UT
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Les méta-disciplines?… Et les autres!
(0 réponses)
Abdelkarim Fourati, 13 janv. 2004 14:22 UT
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The complacent interdisciplinarian 
Christophe Heintz
7 janv. 2004 16:41 UT
Hacking recounting of his academic experience seems to me to be the one of a complacent interdisciplinarian rather than a complacent disciplinarian.
Admitted: As a philosopher of X, Hacking remains disciplinarian (see my message 'X of Y vs. XY'). But what Hacking actually did does qualify as being interdisciplinary – which is independent of whether he thought in those terms or not. In particular, Hacking contributed to Philosophy (his declared disciplines), Mathematics (his doctoral dissertation included results in modal logic), and History (e.g. his current work on tree diagrams).
Many discussions have been about the difficulties of doing interdisciplinary research and Hacking shows that it is not necessarily difficult to be interdisciplinary. Maybe it is because interdisciplinarity is so often associated with institutional difficulties that Hacking withheld the ‘inter’ in his title. There may be another reason: Hacking’s discipline – philosophy - has institutionally been interdisciplinary in the Anglo-saxon world. First, Empirical logicism has put philosophical logic in fashion. Then the naturalistic turn has definitely consecrated the interdisciplinary status of philosophy. Kuhn’s work especially motivated philosophers to do history. And there has been the social turn, and the cognitive turn. As a consequence, Hacking has been a complacent disciplinarian of an interdisciplinary discipline. He has lucked out … or rather, he did the right (interdisciplinary) work at the right time and place (e.g. he did not to submit his dissertation at the Sorbonne). I would like to point out, however, that Anglo-saxon philosophy is more an exception concerning its openness to other disciplines than the rule. Look at ‘European Philosophy’ for instance. Nicely collaborating disciplines is not usually the current state of affair. Hacking needs not apologize for his complacency: it provides data for answering a key question in the study of interdisciplinarity: “how can one manage to be a complacent interdisciplinarian?”
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1 reponse à The complacent interdisciplinarian:
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The complacency of a priori being relevant
Christophe Heintz
8 janv. 2004 19:27 UT
Let me try a first answer to the question I raised above: ‘how [or why] can one be a complacent interdisciplinarian?’.
Here is my own story: I’ve just been moving to a new research lab. While introducing myself and talking about my research project to my new colleagues I met the following reaction: “You really don’t fit in!”. Now, Let us suppose it is not because I am actually out of place (after all, I was given the position). Let us suppose the reaction is a consequence of the interdisciplinarity of my research project. What happens, then, is not that I actually do not fit in, but that I have to show that I do. There is an element in my research project that comes from another discipline than the one of my current research lab. What can we do about this element? I have to show that this element can bring something to the research of my colleagues. I have to show that it fits in, and how.
When you are a disciplinarian, your research is most of the time straightforwardly relevant to your colleagues. What you need to do is just to show that your work is of good quality – e.g. that it is true, not trivial and that it has numerous implications. When you are an interdisciplinarian, on the other hand, your research is most of the time NOT straightforwardly relevant to your colleagues. So even before showing that your work is of good quality, you need to show that it is relevant, i.e. that it has useful implications for your collegues' research.
Why does Hacking say he has lucked out? Not just by rhetorical modesty. He knows, as we do, that his work is of extraordinary quality and that is why it met its success. Hacking feels he has lucked out because he did not have to show that his work and approach was relevant to his colleagues. He did not need to show, in the department of Philosophy of the Cambridge University of the 60s’, that proving mathematical results was relevant to philosophy. That was taken for granted.
Why is Sperber more aware of the difficulties that interdisciplinarians usually meet? As a cognitive anthropologist, he actually needs to prove that his work is relevant to his anthropologist colleagues. That’s not taken for granted! When talking about Sperber’s work with anthropologists, I have never met someone who told me that it was false, or trivial. What anthropologists told me, rather, is that they didn’t know what to do with it. They did not know how to use his work for their own research. The relevance of cognitive approaches is not taken for granted in anthropology.
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Hiding interdisciplinarity 1: X of Y versus XY
(1 réponse)
Christophe Heintz, 7 janv. 2004 16:24 UT
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Lucky you!
(0 réponses)
Dan Sperber, 6 janv. 2004 18:02 UT
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Interdisciplines or interdisciplnary topics?
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Christopher Green, 5 janv. 2004 23:16 UT
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Nota: les flèches jaunes ( ) indiquent de nouveaux messages mis en ligne depuis votre dernière visite.
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