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La lecture au défi du virtuel
Au IIIe siècle de notre ère, un tribunal romain avait eu à décider si les
livres mentionnés dans le testament d’un riche patricien désignaient seulement
les rouleaux ou incluaient aussi les petits ouvrages au format codex, dont
l’usage avait commencé à se répandre deux siècles auparavant, particulièrement
dans les milieux proches du christianisme. Alors que le cahier cousu est aujourd’hui
le format naturel et obligé du livre, le simple fait qu’il y ait eu débat
sur une question aussi simple devrait servir de perspective à ce propos. Le
passage du rouleau au codex, qui s’est opéré entre le Ier et le
IVe siècle de notre ère démontre que, tout comme pour nos autres
inventions, le support du texte est soumis à la loi du progrès : celui qui
remplit le mieux son rôle d’aide à la lecture, en tant que travail intellectuel
et communication des idées, en arrive à remplacer le support antérieur. Là
comme ailleurs, une technologie supérieure finit par chasser la précédente.
La question est de déterminer si la nouvelle technologie va remplacer le livre
ou si, au contraire, elle va exercer une telle pression sur nos modes de lecture
que la forme incarnée traditionnellement par le livre et la littérature va
tout simplement tomber en désuétude.
Il n’est pas inutile de se demander pourquoi le rouleau et le codex n’ont
pas réussi à coexister alors que l’imprimé qui circule aujourd’hui, bien loin
d’être un support homogène, apparaît sous diverses formes, dont on peut distinguer
trois principales : le livre, le journal et cette forme intermédiaire qu’est
le magazine. Quoique très différentes, ces formes ont en commun d’être toutes
à feuilleter, ce qui les distingue radicalement du rouleau. Examinons-les
d’un peu plus près.
Le livre est l’imprimé par excellence, voué à la permanence, à la lecture
attentive et répétée. Il est intimement associé à la littérature, dans une
équation symbolique souvent répétée, y compris lors de ces grandes célébrations
que sont les salons du livre contemporains. Cette association de la littérature
et du livre vient du fait que, historiquement, la littérature a été notre
maître de lecture. Elle a fait de la lecture une activité qui trouve en soi
sa propre finalité, autotélique. Ce faisant, la littérature nous a aussi appris
comment lire les fictions préparées à notre intention. L’expansion de la lecture
silencieuse a suivi de peu l’essor de l’imprimerie, qui a permis l’apparition
du roman et en a fait, au cours des deux derniers siècles, le genre littéraire
par excellence.
Or, le roman exige de la part du lecteur un engagement dans la durée. Ce
genre littéraire, qui avait commencé à s’imposer avec le Don Quichotte
de Cervantès, a sans doute culminé avec A la recherche du temps perdu,
dont la phrase sinueuse et touffue reflète au plan syntaxique la continuité
foncière d’un roman que Marcel Proust aurait aimé voir imprimer en un seul
volume, sans alinéa, comme nous l’apprend Walter Benjamin (127). Un texte
est d’autant plus difficile à laisser que l’on a eu du mal à y entrer et que
l’enchaînement d’une prose compacte et ininterrompue n’offre guère de porte
de sortie. Celui qui a appris à lire avec des romans en arrive ainsi à placer
la lecture du livre sous le signe du continu. La pérennité de ce modèle est
assurée par l’École et l’Institution littéraire, qui unissent dans un même
culte l’amour du livre, de la lecture et de la littérature. Il n’est donc
pas excessif de dire que le roman exige un pacte de lecture particulier, qui
assure au lecteur un maximum de gratification et d’effets de sens si le récit
est lu dans sa totalité, en suivant le mot à mot du texte. Dans le cas des
œuvres les plus importantes de la littérature, il s’y ajoute la promesse implicite
d’une catharsis ou d’une meilleure compréhension de soi, du monde et
de la vie.
Outre le livre, l’imprimerie donnera aussi naissance à la forme très différente
qu’est le journal, format commode pour soumettre à l’attention une grande
variété d’informations diverses que le lecteur peut balayer rapidement du
regard en écrémant les données susceptibles de l’intéresser. Loin d’exiger
une lecture continue, le journal est organisé de façon tabulaire, jouant sur
une disposition en colonnes et une rigoureuse hiérarchie dans le titrage des
articles. La composition des articles selon la loi de la pyramide inversée
offre l’essentiel des données dans les premières lignes et rejette les détails
vers la fin, de façon à satisfaire le lecteur pressé. De nombreux indices
purement visuels aident aussi le lecteur à s’orienter dans la masse des données,
sans avoir à faire une lecture suivie. Au XIXe siècle, ce format
pouvait encore accueillir le roman sous la forme du feuilleton, mais ce modèle
est tombé en désuétude, tant le journal a accentué son organisation en mosaïque,
profondément étrangère à celle du roman.
A mi-chemin entre le livre et le journal, on trouve aussi le magazine, qui
sera volontiers feuilleté pour sa variété d’articles et d’informations que
rehausse une iconographie soignée, et dont le format se prête mieux à une
lecture attentive que le journal.
Correspondant à différentes manières de lire, divers pactes de lecture, ces
supports de lecture co-existent depuis un bon siècle. On observe toutefois
depuis quelques décennies une nette augmentation du nombre de magazines et
une part croissante de ceux-ci dans le temps de lecture publique, tandis que
le roman tend à reculer.
Cette distribution des textes et des modes de lecture en fonction des supports
a été profondément bouleversée par le Web au cours des dernières années. Offrant
une masse toujours plus grande de contenus à lire, celui-ci est en train de
devenir la bibliothèque universelle. C’est vers cette source que l’on se tourne
tout naturellement si l’on veut trouver rapidement une information précise
sur n’importe quel sujet, qu’il s’agisse des signes de l’alphabet phonétique
international, du tableau périodique de Mendeleiev, de la bataille de Marignan,
d’une citation d’Eschyle ou d’un résumé de film. Sans discussion possible,
l’ambition de totalité qu’avait longtemps incarnée le livre a maintenant migré
vers le Web, alors que celui-ci a moins de dix ans d’existence. Et ce phénomène
va encore s’accentuer lorsque tous les textes scientifiques y seront accessibles.
De plus, ce médium ne surclasse pas seulement l’imprimé par sa capacité totalisante
et la rapidité des recherches qu’il permet, mais aussi par son ubiquité, qui
est une forme extrême de portabilité. Bref, le Web est sans aucun doute l’apothéose
du Livre, la finalité extrême de l’écriture, le rêve de la bibliothèque universelle
qui, après s’être incarné dans le rouleau de papyrus, avait été reporté sur
le format du codex au début de l’ère chrétienne.
Plus précisément, le Web est devenu, grâce aux moteurs de recherche, une
gigantesque base de données. Et celle-ci instaure un type de textualité qui
lui est propre, organisé non plus en fonction d’une lecture continue ou d’une
récitation à haute voix, mais selon les paramètres les plus susceptibles de
correspondre à des besoins spécifiques de lecture et d’information. Le maître
d’œuvre d’une base de données ne se demande pas comment tenir le lecteur en
haleine et enchaîné durant des heures à un même texte, ainsi que le faisait
le romancier. Il se pose plutôt les questions suivantes : qu’est-ce qui va
amener un usager à questionner ma base ? quels champs dois-je prévoir pour
regrouper les informations pertinentes ? quels mots-clés seraient les plus
utiles pour décrire le contenu de chaque fiche ? par quels types d’entrées
ou de liens relancer la curiosité du lecteur sur de nouvelles pistes? La base
de données écarte ainsi d’entrée de jeu une lecture indexée sur une continuité
syntaxique et narrative globale pour développer plutôt une organisation tabulaire.
Le narratif, qui n’a pas disparu complètement, peut réapparaître dans des
champs spécialisés. À titre d’exemple, une base de films comme All Movie
Guide contient un résumé du film sélectionné, des textes plus ou moins
longs sur la carrière du réalisateur et de ses divers acteurs et actrices,
ainsi que des liens vers des films similaires. La présence de ces éléments
narratifs (mais non fictifs) favorise un mouvement de lecture qui procède
par prélèvement de fragments. Au lieu de la saturation métonymique de l’espace
textuel, sur laquelle joue le roman réaliste, la base de données offre d’emblée
au lecteur une structure paradigmatique à l’intérieur de laquelle il pourra
circuler en fonction de ses intérêts antérieurs.
Tout en favorisant des recherches très pointues, axées sur une question précise,
ce mode d’organisation n’exclut cependant pas la possibilité pour le lecteur
de faire par hasard des découvertes heureuses. En effet, en interrogeant une
base de données à la recherche d’une information précise, on sera presque
inévitablement amené à rencontrer des informations connexes qui nous entraîneront
de lien en lien vers des sentiers de traverse. Le Web est le lieu par excellence
de la découverte par contiguïté, de la trouvaille, du musardage, comme celui
que pratiquait Montaigne dans sa bibliothèque.
Les divers supports imprimés n’ont pas effectué leur mutation sur le Web
avec un semblable bonheur. Le journal et le magazine s’y sont fort bien adaptés
en raison d’un matériau de départ extrêmement tabulaire. Avec ses nombreux
intertitres et ses illustrations, l’article de magazine peut facilement migrer
sur écran dans une mosaïque chatoyante d’icônes et de jeux typographiques,
et ce d’autant plus qu’il est généralement court ou qu’il peut se segmenter
en diverses sections de type logique.
Situé à l’autre pôle de cette textualité atomisée qu’est la base de données,
le roman, par la continuité de son texte, s’est révélé profondément réfractaire
à la lecture sur écran. Pas seulement la phrase longue de Proust, mais aussi
les best-sellers les mieux ficelés pour tenir le lecteur en haleine. On en
donnera pour preuve l’échec retentissant de Stephen King qui, à l’été 2000,
avait offert par Internet un roman inédit, The Plant, sous forme de
livraisons mensuelles pour lesquelles les lecteurs intéressés étaient invités
à payer une somme modique. Au bout de quelques mois, l’auteur a brutalement
mis un terme à l’expérience parce que le nombre d’abonnés avait décliné de
façon continue.
Essayons de cerner les facteurs en jeu dans la lecture du roman sur papier,
qui en rendent l’expérience si peu compatible avec l’écran, compte tenu du
fait que ce genre de texte, ainsi qu’on l’a vu plus haut, postule un pacte
de lecture axé sur la totalité et le respect du fil continu du texte :
a) le livre offre un espace feuilleté qui permet la coprésence
des pages lues et des pages à lire et donne au lecteur des repères analogiques
sur l’ampleur du texte à lire et la position où il est arrivé, en mobilisant
la mémoire attachée au spatial et au sens du toucher ;
b) la pagination est un repère digital qui renseigne avec
précision le lecteur sur le point où il en est de son voyage imaginaire, ce
qui lui permet de gérer son emploi du temps ;
c) le texte est imprimé sur la page sans les distracteurs
latéraux inhérents à la base de données, ce qui favorise une immersion en
profondeur dans le récit et évite la tentation de s’en échapper à la moindre
impression d’ennui ;
d) cet abandon du lecteur au texte est facilité par le fait
que le livre est un objet éminemment maniable, susceptible d’être tenu entre
les mains ou posé à plat et de se prêter à des postures de lecture très variées.
La différence la plus apparente sur l’écran d’ordinateur est la perte de
la structure feuilletée, et cela constitue sans aucun doute le défi le plus
important à relever pour des lecteurs formés par deux millénaires de domination
du codex. L’affichage du texte sur écran doit choisir entre deux voies : soit
le défilement vertical, qui renoue avec l’ergonomie du volumen, soit le déplacement
latéral des pages-écrans. S’il convient pour un texte court, le défilement
n’est pas satisfaisant pour un texte d’une certaine ampleur, parce qu’il ne
permet pas au lecteur de gérer le temps de sa lecture ni de retrouver rapidement
l’endroit où il s’était arrêté lors d’une séance antérieure. Quant au déplacement
latéral, il prive le lecteur de l’illusion de la coprésence du texte dans
la fenêtre de l’écran. Cela explique que la solution du déplacement latéral
ait été assez peu souvent retenue, sauf dans l’ergonomie du e-book, conçu
comme un double virtuel du livre et où la présence d’un repère de pagination
fixe et une mise en page raffinée s’adaptent beaucoup mieux à une lecture
continue que le défilement vertical.
L’idéal serait évidemment un objet qui aurait le format du codex, avec des
pages d’un matériau souple, que l’on pourrait lire sous n’importe quel angle,
sans rétro-éclairage, grâce à la lumière réfléchie, offrant un contraste aussi
élevé que le papier et sur lequel on pourrait afficher à volonté romans, magazines
et textes divers, le tout pour une consommation minimale d’énergie.
Cet objet n’est déjà plus tout à fait de l’ordre de la science-fiction, car
diverses compagnies travaillent à le réaliser, avec divers procédés. Le plus
prometteur est probablement celui de la E Ink Corporation fondée en 1997,
et qui consiste à enfermer à l’intérieur d’une surface plastifiée des millions
de microcapsules auxquelles un changement de polarité électrique fait prendre
des positions différentes, ce qui permet d’afficher n’importe quelle forme.
Les travaux en ce sens progressent bien. Alors que les écrans à cristaux liquides
ont une épaisseur minimale de 4 mm, un prototype de papier électronique réalisé
en juin dernier mesurait une épaisseur de 0,3 mm, soit moitié moins qu’une
carte de crédit . On nous affirme que ces nouveaux supports d’affichage devraient
être mis sur le marché en 2004-2005. La compagnie japonaise Toppan, spécialisée
dans la fabrication de produits électroniques, produira les feuilles en question.
Parmi les autres partenaires, on trouve Philips, Motorola et Lucent. Et aussi
des éditeurs attentifs à ne pas se laisser doubler sur leur marché traditionnel
: Langenscheid Verlag et Havas.
Certes, il faudra sans doute plusieurs années avant que ne soit produit à
un coût abordable un codex électronique susceptible de supplanter le livre.
Il faudrait en effet un codex ayant au minimum une douzaine de pages pour
que celui-ci offre une réserve de texte suffisante pour donner au lecteur
l’expérience d’une structure feuilletée. Une centaine de pages serait encore
mieux, mais plus il y a de pages, plus augmentent le coût, le poids et l’épaisseur
de l’objet, ainsi que le temps d’affichage.
Avec ce codex électronique, le livre renaîtrait de ses cendres, tout en assumant
les fonctions d’un ordinateur, d’un assistant personnel et d’une tablette
à écrire. Il serait possible de stabiliser le contenu affiché sur chacune
des pages, pour qui voudrait garder à la vue les sections d’un ouvrage qu’il
n’a pas encore lues, un texte en cours ou un album d’images. Ce nouvel objet
poserait certes des problèmes de gestion autrement plus complexes que celui
de notre environnement actuel, car le feuilleté du codex y serait en concurrence
avec l’hypertexte à fenêtres. Il en résulterait un espace hybride, exigeant
pour être apprivoisé que l’on invente de nouvelles métaphores, plus complexes
et plus riches que l’actuel bureau de Windows, et où l’on distinguerait entre
documents primaires et secondaires, hyperliens internes et externes. On y
gagnerait un espace infiniment plus riche, les possibilités d’affichage simultané
étant multipliées par le nombre de pages. En outre, la possibilité qu’une
page affiche indéfiniment un même contenu contribuerait à donner au monde
virtuel une certaine stabilité et, de ce fait, à le faire participer, dans
une certaine mesure, du monde des objets.
Un tel objet permettrait à la puce électronique de prendre le relais de Gutenberg
et de rendre aisément lisibles les milliers d’ouvrages déjà numérisés. Surtout,
à partir du moment où l’on aura trouvé une solution acceptable pour la gestion
des droits d’auteur, on pourra enfin sortir de la situation de blocage schizophrène
et paradoxale dans laquelle nous sommes aujourd’hui, où les ouvrages les plus
patiemment élaborés et les plus soigneusement édités sont coupés du médium
qui pourrait leur donner la plus grande diffusion et où ils pourraient entrer
en résonance avec des documents connexes, un médium dans lequel s’incarne
aujourd’hui l’idéal de savoir et de portabilité du livre. Cela ne concerne
pas seulement les romans, mais tous les ouvrages qui gagnent à être perçus
dans leur totalité ou à être lus dans un certain ordre. Ainsi en est-il du
manuel scolaire, du traité, de l’essai, bref, de tout texte nécessitant un
développement d’autant plus considérable que son objet en est plus original,
ou qu’il heurte davantage le discours commun.
Ce codex virtuel ne remplacera pas d’emblée l’ordinateur commun, à moins
que des éditeurs de journaux, de magazines et de livres ne s’unissent pour
en faire un objet de masse. Après tout, il pourrait être plus facile de faire
accepter au lecteur l’affichage sur un tel support d’annonces publicitaires,
par exemple sur les pages de droite, que sur l’espace unipaginal de nos écrans
actuels, où elles sont éliminées avant même d’être lues, étant en concurrence
avec l’activité première de lecture.
Avec les perspectives ouvertes par le codex électronique, il serait prématuré
d’annoncer la disparition prochaine de la lecture continue et de son contenu
de choix qu’est le roman. On ne peut toutefois pas ignorer les pressions auxquelles
ce mode de lecture est maintenant soumis de la part du Web.
[Christian Vandendorpe]
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Pâte (à papier) feuilletée !
(1 reply)
Patrick Altman, Jan 14, 2003 10:34 UT
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Quid des autres usages de l'espace feuilleté ?
(1 reply)
Pierre Schweitzer, Dec 14, 2002 23:45 UT
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Que représente le livre dans l'univers du numérique ?
(2 replies)
Gautier Poupeau, Dec 3, 2002 22:03 UT
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Re-optimizing the Virtual Book
(3 replies)
Stevan Harnad, Dec 2, 2002 13:49 UT
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Trois questions, au moins
(1 reply)
Rémi Froger, Nov 28, 2002 15:15 UT
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Comparaison
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Clotilde Lampignano, Nov 28, 2002 8:24 UT
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Quelle est la vraie valeur ajoutée du feuilletage ? 
Jean-Michel Salaün
Nov 26, 2002 18:17 UT
Contrairement à Christian, je ne suis pas du tout persuadé que la fonction de feuilletage d'un "codex électronique" soit un vraie valeur ajoutée pour un livre numérique. Il me semble qu'il y a là une erreur : l'originalité du livre papier (comme d'ailleurs du journal papier) est d'être une totalité permanente. Inversement le "plus" de l'écran est au contraire d'être une tête de réseau. La notion de feuilletage est liée à cette permanence et nécessite donc d'accéder visuellement au document complet. Le papier est là imbattable. Quel sera l'intérêt supplémentaire d'avoir quelques pages éphémères d'un livre, plutôt qu'une tablette, qui peut faire un support de substitution tout à fait acceptable pour un livre qu'on ne voudrait pas réellement "acquérir" ? Un symptôme de cette différence entre support permanent et éphémère est justement (contrairement à ce qu'indique Christian) la grande difficulté à décliner un journal sur le web. Le rythme temporel, la mise en page, les liens, le modèle économique ne sont pas facilement transposables entre un objet et une tête de réseau. Cf. le Jeudi du numérique "La presse sur le Web" http://isdn.enssib.fr/archives/presse/pr...
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5 replies to Quelle est la vraie valeur ajoutée du feuilletage ?:
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La geste intellectuelle du geste...
Emmanuël Souchier, Feb 13, 2003 18:16 UT
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Des écrans plein la vue
Christian Vandendorpe, Dec 14, 2002 21:15 UT
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Inconvenients du feuilletage électronique
Jean-Michel Salaün, Dec 4, 2002 15:42 UT
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Avantages du feuilletage
Christian Vandendorpe, Dec 1, 2002 15:00 UT
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Quelle est la signification du feuilletage?
Claude Paré
Nov 28, 2002 1:01 UT
Il faut peut-être faire une distinction entre la forme matérielle et la forme spirituelle des écrits ( ou des assemblages textuels). Dans le cas du Journal, le feuilletage est une activité qui va de pair avec le but du texte (ou assemblage de textes) qui est d'informer sur divers évènements. Dans le cas d'un roman, la forme visuelle du livre, qui permet le feuilletage n'a pas la même importance puique l'on s'interdit de feuilleter, justement parce que l'on ne veut pas connaître la fin de l'histoire. Le livre s'appréhende selon une convention de lecture qui varie selon son genre. On pourra facilement feuilleter un livre de poésie, mais plus rarement un roman. Le roman implique un trajet de a à b que n'implique pas le journal. Le roman n'a pas d'organisation tabulaire, mais une organisation linéaire. Il est aussi un objet fermé, clos. Ce que n'est pas le journal, rappellons que les journaux pouvaient avoir plusieurs éditions dans la même journée, autrefois. Il faut donc faire une distinction entre les types de lecture avant de faire une distinction entre les types de support. On pourra lire un roman sur le web, mais la lecture en sera entravée par la qualité du rendu de l'écran et surtout de nos modes nomades de lecture. Il y a donc plusieurs dimensions à évaluer. La principale caractéristique du texte numérique n'est pas la forme matérielle pas laquelle il est vu, mais la forme intellectuelle qu'il permet, soit principalement l'indexation et l'hypertextualité. De plus, par rapport au temps, il implique une non-fermeture, et une variabilité constante. Donc le texte numérique autorise un nouveau genre d'écrit qui est en relation avec le son et l'image que l'on peut qualifier d'hyperfiction. Quel est le sort de ces hyperfictions, quel est leur avenir comme genre littéraire? On n'en sait rien. En tout les cas la réalisation et la diffusion de ces hyperfictions sont plus avancées dans l'espace anglophone que dans l'espace francophone. Je pense que l'obstacle de la portabilité et de la lisibilité de l'écran (il ne sera plus alors un "écran") sera vaincu un jour. Mais avant que la pensée du texte soit définitivement et profondément changé par les pratiques de l'hypertextualité et de l'interactivité, cela prendra beaucoup plus de temps, et cela n'arrivera peut-être jamais.
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