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Le recours à l’Internet comme dispositif de conception et de
gestion de contenus de cours est de plus en plus répandu. Ce nouvel espace de
création, de circulation et de partage des informations fait largement usage
du cybertexte, entendu ici au sens générique de lieu d'inscription numérique
de l'écrit, de l'image et du son. Pour l'assister dans sa tâche de conception
de sites web, le pédagogue dispose maintenant d'un certain nombre d'outils destinés
à lui faciliter le travail. Notre communication porte sur l'un des chefs de
file de ce type de produits, le progiciel pédagogique WebCt (Web Content
Tools) et, plus spécifiquement, sur la conception et l'usage de manuels
électroniques (e-packs) qui lui sont associés. Les données sur lesquelles
se fonde l'analyse proviennent d'une enquête pan canadienne de même que de notre
propre expérimentation dans des cours de premier cycle universitaire.
Tout pédagogue consciencieux se voit un jour ou l'autre confronté
à la question de l'efficacité de ses méthodes d'enseignement. D'ailleurs, s'il
ne fait pas lui-même cet examen, ses élèves auront vite fait de le lui rappeler.
C'est dans cet esprit que je vous soumets les réflexions suivantes qui sont
le fruit de quelque 25 années d'enseignement universitaire marquées de certaines
réussites et aussi d'un certain nombre d'échecs. Il n'y a pas, dit-on, meilleures
leçons que celles que l'on apprend de ses erreurs, à la condition toutefois
de ne pas les répéter.
Poser la question de l'efficacité des méthodes pédagogiques sous-entend
nécessairement que l'on a une certaine idée de ce qu'est ou doit être l'enseignement,
une certaine philosophie de la transmission des connaissances et une certaine
vision des rôles que doivent jouer à la fois l'enseignant et l'apprenant au
sein de la communication pédagogique. À ce sujet je dirai qu'il y a au moins
deux façons de voir les choses : la voie traditionnelle (à tendances théorique
et spéculative), prévalant surtout sur le vieux continent, qui se fonde sur
le paradigme de la sélection, et la manière américaine (à tendances pragmatique
et analytique) davantage orientée sur le paradigme de la formation. Un
ancien doyen me confiait qu'à son avis, l'université européenne (française)
était faite pour les professeurs, alors que l'université américaine (canadienne
et québécoise) était davantage faite pour les étudiants. Je ne trancherai pas
le débat, mais je signale ces différences de vues pour mieux faire comprendre
qu'en tant qu'enseignant dans une université canadienne je me suis efforcé d'adapter
mon discours et conséquemment mes dispositifs pédagogiques aux capacités d'accueil
et de compréhension des étudiants, plutôt que l'inverse, tout en tentant de
maintenir un seuil acceptable de difficulté. Pour atteindre cet objectif, mon
travail a consisté à me mettre au diapason de mes auditoires par la vulgarisation
de la matière, sans pour autant verser dans ce que mes compatriotes anglophones
qualifient de « spoon feeding » (que l'on pourrait traduire par « l'alimentation
à la petite cuillère ») et par le recours à des adjuvants technologiques adaptés.
J'ai d'abord utilisé l'ordinateur comme support de présentations PowerPoint,
puis l'Internet comme réseau de banque de données et de sites pertinents aux
matières de cours. Et je me suis récemment initié à l'usage du progiciel de
gestion de cours WebCt (Web Course Tools) qui permet à la fois un usage
in situ (en classe) et une distribution en ligne des contenus de cours
accessibles aux étudiants. Ainsi, le professeur devient en quelque sorte un
concepteur et un éditeur de manuel de cours électroniques. Il doit donc se préoccuper
à la fois de la facture esthétique et ergonomique du site tout autant que de
son contenu dans un contexte où l'apprenant se situe de plus en plus au centre
de la démarche pédagogique.
En effet, comme le signalent mes collègues Manning et Freeman, qui ont mené
une recherche sur l'utilisation de la plate-forme WebCt à l'Université d'Ottawa
et à l'Université Ryerson, nous assistons depuis les quinze dernières années
en particulier à un changement de paradigme dans le domaine de l'éducation.
Nous serions ainsi passés de l'enseignement centré sur le professeur à l'enseignement
centré sur l'élève :
En prenant plus d'initiative et en développant l'esprit de collaboration,
les étudiants deviennent les principaux agents d'un apprentissage qui repose
non plus sur la traditionnelle diffusion unilatérale de contenus préemballés
par le professeur, mais sur une expérience d'interaction sociale plus large
engagée avec leurs pairs. (NT) .
En d'autres termes les échanges entre les étudiants entre eux, et entre eux
et le professeur, seraient au coeur de la dynamique du changement de paradigme
pédagogique fondé sur la centralité de l'apprenant. C'est ici qu'intervient
l'usage de l'ordinateur et d'Internet en tant que dispositifs techniques et
didactiques appelés à s'intégrer à l'ensemble des stratégies pédagogiques visant
à favoriser la circulation et le partage des connaissances. Mais l'apparition
de nouveaux médias ne correspond pas nécessairement à des changements correspondants
dans les mentalités. Aussi plusieurs pratiques pédagogiques participent-elles
toujours du paradigme traditionnel assignant au professeur le rôle d'agent principal,
sinon unique, de la matière à partager et à assimiler. C'est ce que confirme
entre autres une enquête que mène, non sans intérêt peut-on s'imaginer, la maison
d'édition McGraw-Hill auprès de professeurs de collèges et d'universités du
Canada depuis 1999. Trois sondages accordant une large place au rôle joué par
les nouvelles technologies de l'information et de la communication dans l'atteinte
des objectifs de réussite des étudiants ont été conduits jusqu'à maintenant
. Ces sondages sont révélateurs des défis que les enseignants estiment
devoir relever pour atteindre leurs buts. L'analyse de ces données permet en
outre de saisir les mutations en cours au sein de l'édition de manuels de cours
électroniques (e-packs) destinés à s'intégrer à l'ensemble du nouvel
environnement pédagogique issu de la révolution du numérique.
L'enquête pan canadienne
Les conclusions de la troisième phase de l'enquête (en 2001)
révèlent un certain scepticisme envers l'usage des nouvelles technologies de
la part des enseignants. On constate, en effet, qu'en dépit d'un fort attrait
en leur faveur et d'une volonté affirmée d'y avoir recours de plus en plus dans
l'avenir (même si cela exige beaucoup de temps et d'énergie, bien souvent pour
peu de reconnaissance institutionnelle), les 1189 répondants leur accordent
moins d'importance dans l'atteinte de leurs objectifs qu'à certaines méthodes
plus traditionnelles. Appelés à classer leurs priorités pédagogiques par ordre
d'importance, les professeurs identifient :
1) le développement des facultés analytiques et de l'esprit critique ; 2) la
connaissance de la discipline ;3) la capacité de généraliser et d'appliquer
le savoir ;4) le développement de l'intérêt pour une formation continue ;5)
le développement du sens de l'éthique professionnelle ;6) la maîtrise des habiletés
et des compétences pratiques ;7) l'encouragement au travail d'équipe ;8) la
préparation aux carrières. En revanche les 1100 étudiants, interrogés sur le
même sujet de la réussite, placent les deux premiers objectifs des professeurs
(la pensée critique et la maîtrise de la matière) respectivement en 13e
et 23e positions, leur préférant dans l'ordre : 1) l'atteinte d'objectifs
personnels; 2) le perfectionnement de l'écriture; 3) l'apprentissage des méthodes
de gestion d'horaire et d'organisation du travail ; 4) et l'ajustement aux attentes
des professeurs.
Quand on examine les réponses des professeurs, on remarque que la suspicion
règne à l’endroit d’Internet comme outil de développement de l'esprit critique
en dépit du fait que l'on estime y recourir de plus en plus dans l'avenir. On
en souligne par contre les mérites pour favoriser le travail d'équipe et la
formation continue. On reconnaît également que l'Internet excelle comme outil
de recherche et de distribution de l'information. C'est pourquoi plusieurs enseignants
y ont recours pour afficher leurs syllabus et les contenus de cours (75 %),
pour administrer des tests en ligne (75 %) et pour signaler des hyperliens
vers des sites d'intérêt pour la matière enseignée (69 %). Ce sont également
ces fonctions que les étudiants préfèrent. Ils y voient un gain de productivité,
puisqu'ils ne sont plus systématiquement tenus de recopier les notes de cours
projetées en salle de classe. Le fait de pouvoir consulter, et surtout télécharger
et imprimer directement ces notes constituent pour eux l'un des principaux avantages
du web en complément de cours. Encore que certains se plaignent toujours de
problèmes de téléchargement de fichiers PowerPoint par exemple. Ce qui milite
en faveur de la mise à disposition de plusieurs formats de fichiers comme le
proposent certains e-packs de WebCt en offrant la possibilité de télécharger
en formats Word, PDF ou sous format PowerPoint. Mais il s'en trouvera toujours
pour demander que les notes soient aussi disponibles sous forme imprimée à la
reprographie ! Quant aux tests en ligne, j'ai pu constater qu'ils représentent
l'un des attraits majeurs du web. Conçus en accompagnement de la matière, qu'il
s'agisse aussi bien de celle d'un manuel imprimé que celle de textes en ligne,
les tests ajoutent une dimension interactive et ludique qui bénéficie à l'auto-formation.
Le professeur peut à cet égard user d'imagination dans sa créativité pour installer
un climat de dialogue avec chaque élève qui se voit interpellé à chacune de
ses interventions. Bien qu'il s'agisse d'un accompagnement asynchrone, chacun
joue le jeu et ce terrain est propice à l'apprentissage.
L'enquête pan canadienne révèle aussi que l'utilisation d'un site web en complément
de cours, en hausse constante depuis les débuts de l'enquête, atteignant 54 %
en 2000-2001, semble connaître un certain tassement en 2001-2002, alors que
49 % des répondants disent y avoir recours. L'enthousiasme s'estomperait
pour faire place à une intégration banalisée de ce qui n'apparaît plus véritablement
comme une nouveauté, mais plutôt comme un outil parmi d'autres. Alors que le
manuel traditionnel, quant à lui, obtient la faveur d'une forte majorité de
professeurs (80 %) comme dispositif pédagogique préféré. Près du tiers des répondants
qui ont un site web (30 % en 2001 par rapport à 23 % en 2000) utilisaient
un progiciel de gestion de cours (CMS : Course Management System), le
plus populaire d'entre eux étant WebCt (73 % contre 15 % pour BlackBoard
en 2001). WebCt est une plate-forme d'origine canadienne développée par un informaticien
de UBC (University of British Colombia), le professeur Murray Golberg qui en
a cédé les droits à la compagnie américaine ULT (Universal Learning Technologies)
en 1999. Uniquement à l'Université d'Ottawa le nombre de cours ayant une composante
WebCt est passé de 300 (11 000 inscriptions) à 512 entre 2001 et 2002, ce qui
représente un accroissement de près de 60 % en un an ! La majorité, dont
je fais partie, estime que la conception et la gestion d'un site exigent beaucoup
de temps et d'heures d'apprentissage (deux étés à temps complet dans mon cas
!), mais nous sommes tout de même 86 % à vouloir nous y consacrer de plus en
plus dans l'avenir. Serions-nous masochistes ? Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi
se donner tant de mal ?
Les motivations peuvent être extrinsèques (l'incitation institutionnelle et
la pression des étudiants) ou intrinsèques (l'attrait de la nouveauté et la
conviction - pas toujours attestée cependant - de l'efficacité de ces nouveaux
outils). Mes collègues Manning et Freeman suggèrent que le choix d'un système
de gestion de cours comme WebCt répond au besoin de passer aisément d'un mode
d'enseignement à un autre, nommément du mode accessoire (accessory) au
mode ensemble (ensemble) dans un même environnement. Le modèle dont s'inspirent
ces chercheurs a été proposé par Harasim et al (1995) pour qui l'implantation
et l'usage des technologies éducationnelles adoptent l'une ou l'autre ou une
combinaison des modalités suivantes : 1) le mode chalk -and-talk (l'ardoise)
où le professeur livre de façon unidirectionnelle la matière à l'aide d'une
craie et d'un tableau noir ou de transparents et d'un rétroprojecteur; 2) le
mode accessoire (accessory) où le professeur livre la matière par l'intermédiaire
d'un ordinateur, ce mode se déclinant lui-même selon deux types de pratiques
: a) soit l'ordinateur est utilisé en salle de classe comme support de présentation
PowerPoint par exemple, éventuellement avec des hyperliens intégrés; b) soit
l'ordinateur est utilisé pour distribuer les contenus de cours en ligne en complément
des notes de cours, le professeur pouvant afficher des messages et distribuer
des exercices, mais toujours de façon unidirectionnelle; 3) le mode ensemble
(ensemble) se caractérise quant à lui par l'utilisation des pleines potentialités
communicationnelles de l'ordinateur et du réseau Internet pour favoriser la
participation des étudiants; les outils comme le babillard, le forum de discussion
et les tests en ligne constituent ici une partie intégrante des stratégies d'apprentissage.
Pour plusieurs ce dernier mode représente un aboutissement des potentialités
propres aux nouveaux outils informatiques qui doivent permettre de dépasser
le simple calque ou la duplication de pratiques antérieures. Trop souvent, remarque-t-on,
l'ordinateur est utilisé comme une simple ardoise high-tech ! J'ai un
jour, lors d'un atelier de formation, mentionné à la stupéfaction d'un collègue
spécialiste en éducation que pour moi un site web en complément de cours était
l'équivalent d'un manuel. Quelle hérésie n'avais-je pas prononcée ? Disons aujourd'hui
que je nuancerais, à peine cependant, en disant que c'est l'équivalent d'un
manuel multimédia interactif synchrone et asynchrone. Je ne suis pas encore
complètement passé en mode ensemble. Et je crois que c'est le cas pour
plusieurs d'entre nous qui réfléchissons sur les meilleurs moyens de transmettre
les connaissances par l'écrit, fut-il virtuel ?
À ce sujet l'enquête pan canadienne révèle que l'usage du e-book, au
sens de e-text (manuel électronique numérisé) ou de ce que certains identifient
sous l'appellation de e-pack (la filière WebCt) est peu répandu
bien qu'on en reconnaisse de plus en plus l'importance. Si plus du tiers des
répondants n'en connaissait pas l'existence en 1999, ils étaient presque quatre
fois plus nombreux à en reconnaître la grande ou très grande utilité en 2000
(48 %) par rapport à 13 % en 1999. Il reste cependant qu'une année
plus tard seulement 4 % des répondants au sondage de 2001 disent en faire
usage, alors que 14 % comptent y recourir dans l'avenir. C'est peu, bien
qu'il soit tout de même perçu positivement. On le considère plus souple et flexible
que le manuel imprimé, mais on estime aussi qu'il exige plus d'effort. Les freins
à son utilisation généralisée demeurent donc importants. Et si plusieurs professeurs
souhaitent éventuellement développer leurs propres manuels, comme certaines
maisons d'édition permettent de le faire, ils restent peu nombreux à se lancer
dans l'aventure. À ce sujet je ferai remarquer que la disponibilité des ressources
en français est minime (sinon inexistante, du moins en contexte canadien français)
et que cette situation milite en faveur du développement de produits adaptés.
Mais, comme le laisse entendre un responsable de l'édition française chez McGraw-Hill
:
Pour ce qui est des éditeurs, ils sont à la remorque de la demande et doivent
composer avec les coûts de licence importants exigés par les propriétaires
de plate-forme telle que WebCT. Il faut également trouver des ressources compétentes
pour élaborer les contenus et travailler à le rendre compatible à la plate-forme.
Je résumerais [dit-il] la position du secteur à wait and see (attendons
voir).
Cette position attentiste (bien que réaliste) risque de creuser davantage
le fossé entre les banques de ressources disponibles en langue anglaise
et les ressources électroniques disponibles en français. À
ce chapitre, la nouvelle technologie ne fait qu'accentuer l'écart déjà
visible dans d'autres domaines de l'édition. Mais si la tâche de
mes collègues anglophones (j'enseigne dans une université bilingue)
est facilitée par l'abondance des manuels électroniques auxquels
ils peuvent s'alimenter, je peux au moins m'enorgueillir d'avoir été,
même contraint par la force des choses, l'un des premiers de mon département
à développer un site sur plate-forme WebCt (mince consolation
!). Mais ne connaissant pas les e-packs avant de me lancer dans l'aventure,
j'ai été obligé de tout réinventer et sans doute
ai-je commis un certain nombre d'erreurs de parcours propres à tout bon
novice, même et peut-être surtout (!) enthousiaste : comme de trop
recourir aux présentations PowerPoint, de signaler un trop grand nombre
d'hyperliens, de trop dépendre de partenaires sur lesquels on n'a aucun
contrôle (Universia)
[3] , de ne pas toujours avoir bien réfléchi aux modalités
de navigation à l'intérieur du site entre les différentes
composantes de la matière. Bref, ce qui peut s'avérer un merveilleux
outil n'est pas exempt de complication si on n'y prend garde. Il faut se méfier
de la technicite qui nous entraîne à l'exagération. Ce n'est
pas parce qu'une chose est possible qu’elle est toujours appropriée.
. .
Qu'est-ce que le e-pack ?
Les e-packs sont des manuels de cours numérisés « clés en main » pouvant
s'adapter à des progiciels pédagogiques comme WebCt conçus et réalisés par des
maisons d'édition, généralement en accompagnement de manuels traditionnels imprimés
[4] . Ils comprennent un ensemble
de fonctionnalités donnant accès à des contenus variés tout en permettant à
l'utilisateur de les adapter à ses besoins spécifiques. Les e-packs
combinent les fonctionnalités du système de gestion de cours (inscription et
suivi des étudiants, tests et statistiques, affichage des résultats, fonctions
de communication, etc.) et des contenus préétablis et adaptables comme des animations
vidéo, des modèles de syllabus, des banques de questions, des exercices pratiques,
des simulations, des glossaires et un mode d'emploi pour l'enseignant. Généralement
les professeurs choisissent un e-pack en complément d'un manuel de cours
imprimé, ce qui facilite d'autant la conception et la réalisation d'un site
web en complément de ce cours tout en permettant d'économiser un temps précieux.
Même si les répondants aux sondages McGraw-Hill n'avaient pas spécifiquement
à identifier les causes du manque d'attrait pour le e-book (e-pack)
on peut déduire leur attitude à cet égard de leurs réponses aux questions portant
sur les défis à relever face à l'usage des nouvelles technologies dans l'enseignement.
À ce sujet on signale le manque de support institutionnel dans la mise à jour
des équipements ainsi que le manque d'informations relatives aux logiciels disponibles.
On déplore également le manque de formation et d'assistance dans la préparation
des contenus de cours. Tel n'est cependant pas le cas à l'Université d'Ottawa
qui déploie de grands efforts, non seulement pour inciter les professeurs à
utiliser les nouvelles technologies, mais également pour leur prêter une assistance
individualisée. Le centre du cyber-apprentissage organise en ce sens de nombreux
ateliers d'initiation et de perfectionnement.
Certains, bien que de plus en plus minoritaires depuis 1999, se plaignent de
problèmes de connexion au réseau, tant pour eux que pour les étudiants qui sont
tout de même de plus en plus nombreux à avoir accès à un ordinateur personnel.
Mentionnons à ce sujet que les cohortes qui s'inscriront à l'université dans
les années à venir seront largement favorisées par rapport à leurs prédécesseurs.
De récentes statistiques révèlent que 88 % des élèves canadiens de 15 ans fréquentant
les écoles secondaires (niveau du lycée) avaient accès à un ordinateur domestique
en 2000. Le Canada se situe ainsi au troisième rang des pays de l'Organisation
de coopération et de développement économique (OCDE), derrière l'Australie (83
%) et les États-Unis (82 %) . Aussi les auteurs du rapport n'hésitent-ils pas à conclure
que « le Canada est sur le point d'atteindre un accès universel des TIC à la
maison » puisque près de 9 jeunes sur 10 disposent d'un ordinateur domestique
et que 7 sur 10 ont accès à Internet. La province de l'Ontario (principal bassin
des étudiants de l'Université d'Ottawa) arrive en tête du peloton aussi bien
quant au taux d'accès à un ordinateur à la maison (95 %) qu'à celui de l'usage
d'Internet (75 %), alors que la province de Québec ferme la marche avec un taux
de 80 % d'accès à un ordinateur domestique et 60 % d'accès à Internet au foyer.
.
Principaux avantages des e-packs
La flexibilité
Le contenu des e-packs n’est pas fixé une fois pour toutes. Le professeur
a le loisir de le modifier, de le réorganiser et de l’augmenter selon ses besoins
propres. Il bénéficie ainsi de contenus préemballés flexibles, d’un appareil
de références traditionnel et d’hyperliens de même que de tout autre type de
matériel audiovisuel libéré de droits provenant de partenaires comme CNN ou
Radio-Canada par exemple. Les ententes conclues avec les partenaires qui libèrent
les droits facilitent indéniablement l'usage d'un e-pack, en plus de
donner accès à un réservoir actualisé de ressources médiatiques originales,
comme j'ai pu l'expérimenter avec les archives radiophoniques de la Société
Radio-Canada dans le cadre du projet-pilote Universia visant à mettre à profit les entrevues archivées et numérisées
aux fins de l'enseignement universitaire.
Il ressort globalement des sondages pan canadiens que l'ensemble des fonctionnalités
du e-text (ou du e-pack) sont jugées importantes, les plus prisées
étant la possibilité de faire des recherches de façon plus rapide et de meilleure
qualité et la convergence des composantes multimédias (images, graphiques, sons
et vidéo) qui favorisent l'apprentissage en stimulant divers canaux perceptifs
menant à une meilleure compréhension (70 %). Vient immédiatement en second
lieu la possibilité d'obtenir des mises à jour des éditeurs (68 %). Ensuite
on retrouve en ordre décroissant d'importance : les références aux hyperliens
référencés (63 %) et la possibilité d'ajouter des signets (57 %).
Finalement, ce qui peut étonner et poser question, la prise de note (51 %) et
le surlignement électroniques (48 %) arrivent en dernier lieu. En somme, on
ne tire pas encore pleinement profit de ce qui devrait apparaître comme des
modalités de personnalisation et d'appropriation des cybertextes. J'ai pu remarquer
par exemple que la fonction « prise de note » de WebCt qui permet de rédiger
des commentaires personnalisés en accompagnement de chacune des pages de contenu
était sous utilisée par mes étudiants qui préfèrent toujours la prise de note
« en dur » sur papier. On n’a pas encore pris l’habitude d’inscrire le cheminement
de sa pensée dans les marges du virtuel, comme on le fait dans les marges de
l’imprimé. L’outil n’est pas pleinement apprivoisé. On se méfie peut-être de
sa volatilité ?
L'économie de temps
L'adoption d'un e-pack facilite l'initiation à l'usage et à la conception
d'un site web avec moins d’appréhension et en y consacrant un temps raisonnable
tout en bénéficiant des ressources des éditeurs. L'usage et l'analyse des produits
existants est source d'enseignement. Le pédagogue aura intérêt à s’y référer
pour apprécier les contenus et les modalités de navigation qui exploitent pleinement
l’environnement hyper médiatique. Le manque de temps constitue un frein très
important à l'adoption et à l'implantation des nouvelles technologies dans l'enseignement.
Les répondants estiment que le temps requis pour prendre connaissance de la
technologie et de ses usages éducatifs de même que le temps nécessaire pour
l'expérimenter dans leurs cours, en faire l'évaluation, et apporter les correctifs
voulus exigent de nombreuses heures de travail supplémentaires. On s'inquiète
par ailleurs quant au coût du e-book tout en prévoyant que l'on en arrivera
à une solution mixte : manuel papier et son complément électronique. Les données
diffèrent ici d'une discipline à l'autre. Il est étonnant de remarquer par exemple
que 50 % des professeurs des sciences humaines et des sciences sociales, comparativement
à 40 % des sciences et de l'ingénierie, prévoient un fort accroissement de l'usage
du e-book dans l'enseignement. Alors que l'on se serait attendu au contraire.
Avantages institutionnels
L'adoption d'un e-pack permet aux institutions d'entrer dans le marché
de l'éducation à distance en permettant à ses professeurs de s'initier et de
développer des contenus de cours autonomes ou en association avec les éditeurs.
Comme le souligne Margaret Haughey :
La tendance actuelle
va vers des modèles d'apprentissage personnalisés et axés sur les ressources
et la personne apprenante, ce qui devrait présenter au corps professoral l'occasion
de relever de nouveaux défis et d'élaborer du matériel de cours multimédiatique
intéressant, à jour et rentable qui fera concurrence à celui des fabricants
commerciaux .
C'est la prochaine étape, celle qui consiste à associer l'institution et des
éditeurs au projet de création de manuels de cours numériques en mettant à la
disposition des professeurs les ressources nécessaires pour que les produits
intéressent des clientèles suffisamment importantes pour amortir les coûts de
production. C'est là où une concertation fructueuse pourrait s'établir au sein
de l'espace francophone.
Accélération de l'implantation d'un progiciel de gestion de cours
La facilité d'adoption des e-packsfavorise la transition vers le e-learning
sans avoir nécessairement à souffrir des affres de l'apprentissage de la programmation
ou à maîtriser des logiciels de conception compliqués; en bref sans devoir partir
à zéro. Les professeurs peuvent ainsi consacrer plus de temps à l'expérimentation
des fonctionnalités du système de gestion de cours et développer des stratégies
de communication adaptées à l'enseignement en ligne. Les manuels électroniques
de la filière WebCt sont directement conçus de telle sorte à s'intégrer parfaitement
à la plate-forme, ce qui facilite d'autant l'apprentissage puisque les modifications
et les adaptations effectuées par le professeur requièrent un minimum de compétence,
laquelle ne fera que s'accroître au fur et à mesure que celui-ci mesurera les
avantages du système.
La satisfaction des étudiants
Selon les promoteurs de WebCt, les étudiants manifestent beaucoup d'intérêt
et d'enthousiasme envers les e-packs. Ils apprécient particulièrement
les banques de questions et les tests qui leur permettent de mieux intégrer
la matière. L'évaluation passerait ainsi de la mesure de la performance à la
promotion de l'apprentissage. Par ailleurs, la généralisation du recours aux
e-packs aurait un effet favorable sur l'augmentation du volume d'inscriptions
dans les cours.
Je ne peux pas mesurer l'efficacité réelle des e-packs commerciaux puisque
je ne les ai pas vraiment expérimentés, mais je peux confirmer que les contenus
développés sur la plate-forme WebCT sous forme de manuel électronique personnalisé
avec hyperliens, images, graphiques, et tests ont obtenu la faveur de la majorité
de mes étudiants. Les banques de questions, auxquelles on peut répondre directement
en ligne et obtenir une rétroaction immédiate, représentent un attrait majeur.
Et je constate, pour le meilleur et pour le pire (!) que les effectifs de mes
cours sont à la hausse. . .
Conclusion
Les défis que pose l'édition numérique dans le contexte de l'enseignement
supérieur sont de plusieurs ordres. On peut les envisager selon les deux pôles
complémentaires de la communication pédagogique. D'une part, le professeur dispose
d'un certain nombre d'outils qui devraient lui permettre d'innover dans la conception
et la livraison de la matière. Et d'autre part, les étudiants sont exposés à
des modes de communication qui en principe visent à favoriser les interactions
par le biais de l'écrit. Or il s'avère souvent que ces outils sont mis au service
de pratiques traditionnelles qui n'exploitent que très faiblement le potentiel
des technologies d'information et de communication. À l'ère de la remise en
cause des contenus « préemballés », le défi consiste à ouvrir de nouveaux
espaces de lecture et d'écriture aux interactions entre les partenaires d'un
même parcours de connaissance. Les manuels électroniques représentent en ce
sens une solution transitoire intéressante en ceci qu'ils offrent un cadre structuré
et balisé d'exploration des contenus tout en invitant à la collaboration. Encore
faut-il que son organisation vise à être intrinsèquement motivante pour l'apprenant,
qu'elle s'appuie sur les connaissances antérieures, qu'elle suscite l'exploration
et l'interaction, et qu'elle contribue au développement de la pensée critique
.
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Plate-forme unique, pensée unique ?
(1 reply)
François Mangenot, Dec 2, 2002 13:48 UT
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Hypertext and Academic Credit for Contributions
(4 replies)
Stevan Harnad, Dec 2, 2002 12:49 UT
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Comment faire du vieux avec du neuf...
(2 replies)
daniel peraya, Dec 1, 2002 14:17 UT
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New modes of teaching
(2 replies)
David Johnston, Nov 30, 2002 18:19 UT
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MONOGRAPHIES NUMERIQUES
(1 reply)
Charlie MANSFIELD, Nov 25, 2002 15:33 UT
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