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Cybertextes et hyperlectures dans l'enseignement universitaire
Denis Bachand


 Moderators: Olivier Foury, Gloria Origgi
 

Le recours à l’Internet comme dispositif de conception et de gestion de contenus de cours est de plus en plus répandu. Ce nouvel espace de création, de circulation et de partage des informations fait largement usage du cybertexte, entendu ici au sens générique de lieu d'inscription numérique de l'écrit, de l'image et du son. Pour l'assister dans sa tâche de conception de sites web, le pédagogue dispose maintenant d'un certain nombre d'outils destinés à lui faciliter le travail. Notre communication porte sur l'un des chefs de file de ce type de produits, le progiciel pédagogique WebCt (Web Content Tools) et, plus spécifiquement, sur la conception et l'usage de manuels électroniques (e-packs) qui lui sont associés. Les données sur lesquelles se fonde l'analyse proviennent d'une enquête pan canadienne de même que de notre propre expérimentation dans des cours de premier cycle universitaire.

Tout pédagogue consciencieux se voit un jour ou l'autre confronté à la question de l'efficacité de ses méthodes d'enseignement. D'ailleurs, s'il ne fait pas lui-même cet examen, ses élèves auront vite fait de le lui rappeler. C'est dans cet esprit que je vous soumets les réflexions suivantes qui sont le fruit de quelque 25 années d'enseignement universitaire marquées de certaines réussites et aussi d'un certain nombre d'échecs. Il n'y a pas, dit-on, meilleures leçons que celles que l'on apprend de ses erreurs, à la condition toutefois de ne pas les répéter.

Poser la question de l'efficacité des méthodes pédagogiques sous-entend nécessairement que l'on a une certaine idée de ce qu'est ou doit être l'enseignement, une certaine philosophie de la transmission des connaissances et une certaine vision des rôles que doivent jouer à la fois l'enseignant et l'apprenant au sein de la communication pédagogique. À ce sujet je dirai qu'il y a au moins deux façons de voir les choses : la voie traditionnelle (à tendances théorique et spéculative), prévalant surtout sur le vieux continent, qui se fonde sur le paradigme de la sélection, et la manière américaine (à tendances pragmatique et analytique) davantage orientée sur le paradigme de la formation. Un ancien doyen me confiait qu'à son avis, l'université européenne (française) était faite pour les professeurs, alors que l'université américaine (canadienne et québécoise) était davantage faite pour les étudiants. Je ne trancherai pas le débat, mais je signale ces différences de vues pour mieux faire comprendre qu'en tant qu'enseignant dans une université canadienne je me suis efforcé d'adapter mon discours et conséquemment mes dispositifs pédagogiques aux capacités d'accueil et de compréhension des étudiants, plutôt que l'inverse, tout en tentant de maintenir un seuil acceptable de difficulté. Pour atteindre cet objectif, mon travail a consisté à me mettre au diapason de mes auditoires par la vulgarisation de la matière, sans pour autant verser dans ce que mes compatriotes anglophones qualifient de « spoon feeding » (que l'on pourrait traduire par « l'alimentation à la petite cuillère »)  et par le recours à des adjuvants technologiques adaptés. J'ai d'abord utilisé l'ordinateur comme support de présentations PowerPoint, puis l'Internet comme réseau de banque de données et de sites pertinents aux matières de cours. Et je me suis récemment initié à l'usage du progiciel de gestion de cours WebCt (Web Course Tools) qui permet à la fois un usage in situ (en classe) et une distribution en ligne des contenus de cours accessibles aux étudiants. Ainsi, le professeur devient en quelque sorte un concepteur et un éditeur de manuel de cours électroniques. Il doit donc se préoccuper à la fois de la facture esthétique et ergonomique du site tout autant que de son contenu dans un contexte où l'apprenant se situe de plus en plus au centre de la démarche pédagogique.

En effet, comme le signalent mes collègues Manning et Freeman, qui ont mené une recherche sur l'utilisation de la plate-forme WebCt à l'Université d'Ottawa et à l'Université Ryerson, nous assistons depuis les quinze dernières années en particulier à un changement de paradigme dans le domaine de l'éducation. Nous serions ainsi passés de l'enseignement centré sur le professeur à l'enseignement centré sur l'élève :

En prenant plus d'initiative et en développant l'esprit de collaboration, les étudiants deviennent les principaux agents d'un apprentissage qui repose non plus sur la traditionnelle diffusion unilatérale de contenus préemballés par le professeur, mais sur une expérience d'interaction sociale plus large engagée avec leurs pairs. (NT) [1] .

En d'autres termes les échanges entre les étudiants entre eux, et entre eux et le professeur, seraient au coeur de la dynamique du changement de paradigme pédagogique fondé sur la centralité de l'apprenant. C'est ici qu'intervient l'usage de l'ordinateur et d'Internet en tant que dispositifs techniques et didactiques appelés à s'intégrer à l'ensemble des stratégies pédagogiques visant à favoriser la circulation et le partage des connaissances. Mais l'apparition de nouveaux médias ne correspond pas nécessairement à des changements correspondants dans les mentalités. Aussi plusieurs pratiques pédagogiques participent-elles toujours du paradigme traditionnel assignant au professeur le rôle d'agent principal, sinon unique, de la matière à partager et à assimiler. C'est ce que confirme entre autres une enquête que mène, non sans intérêt peut-on s'imaginer, la maison d'édition McGraw-Hill auprès de professeurs de collèges et d'universités du Canada depuis 1999. Trois sondages accordant une large place au rôle joué par les nouvelles technologies de l'information et de la communication dans l'atteinte des objectifs de réussite des étudiants ont été conduits jusqu'à maintenant [2] . Ces sondages sont révélateurs des défis que les enseignants estiment devoir relever pour atteindre leurs buts. L'analyse de ces données permet en outre de saisir les mutations en cours au sein de l'édition de manuels de cours électroniques (e-packs) destinés à s'intégrer à l'ensemble du nouvel environnement pédagogique issu de la révolution du numérique.

L'enquête pan canadienne

Les conclusions de la troisième phase de l'enquête (en 2001) révèlent un certain scepticisme envers l'usage des nouvelles technologies de la part des enseignants. On constate, en effet, qu'en dépit d'un fort attrait en leur faveur et d'une volonté affirmée d'y avoir recours de plus en plus dans l'avenir (même si cela exige beaucoup de temps et d'énergie, bien souvent pour peu de reconnaissance institutionnelle), les 1189 répondants leur accordent moins d'importance dans l'atteinte de leurs objectifs qu'à certaines méthodes plus traditionnelles. Appelés à classer leurs priorités pédagogiques par ordre d'importance, les professeurs identifient :

1) le développement des facultés analytiques et de l'esprit critique ; 2) la connaissance de la discipline ;3) la capacité de généraliser et d'appliquer le savoir ;4) le développement de l'intérêt pour une formation continue ;5) le développement du sens de l'éthique professionnelle ;6) la maîtrise des habiletés et des compétences pratiques ;7) l'encouragement au travail d'équipe ;8) la préparation aux carrières. En revanche les 1100 étudiants, interrogés sur le même sujet de la réussite, placent les deux premiers objectifs des professeurs (la pensée critique et la maîtrise de la matière) respectivement en 13e et 23e positions, leur préférant dans l'ordre : 1) l'atteinte d'objectifs personnels; 2) le perfectionnement de l'écriture; 3) l'apprentissage des méthodes de gestion d'horaire et d'organisation du travail ; 4) et l'ajustement aux attentes des professeurs.

Quand on examine les réponses des professeurs, on remarque que la suspicion règne à l’endroit d’Internet comme outil de développement de l'esprit critique en dépit du fait que l'on estime y recourir de plus en plus dans l'avenir. On en souligne par contre les mérites pour favoriser le travail d'équipe et la formation continue. On reconnaît également que l'Internet excelle comme outil de recherche et de distribution de l'information. C'est pourquoi plusieurs enseignants y ont recours pour afficher leurs syllabus et les contenus de cours (75 %), pour administrer des tests en ligne (75 %) et pour signaler des hyperliens vers des sites d'intérêt pour la matière enseignée (69 %). Ce sont également ces fonctions que les étudiants préfèrent. Ils y voient un gain de productivité, puisqu'ils ne sont plus systématiquement tenus de recopier les notes de cours projetées en salle de classe. Le fait de pouvoir consulter, et surtout télécharger et imprimer directement ces notes constituent pour eux l'un des principaux avantages du web en complément de cours. Encore que certains se plaignent toujours de problèmes de téléchargement de fichiers PowerPoint par exemple. Ce qui milite en faveur de la mise à disposition de plusieurs formats de fichiers comme le proposent certains e-packs de WebCt en offrant la possibilité de télécharger en formats Word, PDF ou sous format PowerPoint. Mais il s'en trouvera toujours pour demander que les notes soient aussi disponibles sous forme imprimée à la reprographie ! Quant aux tests en ligne, j'ai pu constater qu'ils représentent l'un des attraits majeurs du web. Conçus en accompagnement de la matière, qu'il s'agisse aussi bien de celle d'un manuel imprimé que celle de textes en ligne, les tests ajoutent une dimension interactive et ludique qui bénéficie à l'auto-formation. Le professeur peut à cet égard user d'imagination dans sa créativité pour installer un climat de dialogue avec chaque élève qui se voit interpellé à chacune de ses interventions. Bien qu'il s'agisse d'un accompagnement asynchrone, chacun joue le jeu et ce terrain est propice à l'apprentissage.

L'enquête pan canadienne révèle aussi que l'utilisation d'un site web en complément de cours, en hausse constante depuis les débuts de l'enquête, atteignant 54 % en 2000-2001, semble connaître un certain tassement en 2001-2002, alors que 49 % des répondants disent y avoir recours. L'enthousiasme s'estomperait pour faire place à une intégration banalisée de ce qui n'apparaît plus véritablement comme une nouveauté, mais plutôt comme un outil parmi d'autres. Alors que le manuel traditionnel, quant à lui, obtient la faveur d'une forte majorité de professeurs (80 %) comme dispositif pédagogique préféré. Près du tiers des répondants qui ont un site web (30 % en 2001 par rapport à 23 % en 2000) utilisaient un progiciel de gestion de cours (CMS : Course Management System), le plus populaire d'entre eux étant WebCt (73 % contre 15 % pour BlackBoard en 2001). WebCt est une plate-forme d'origine canadienne développée par un informaticien de UBC (University of British Colombia), le professeur Murray Golberg qui en a cédé les droits à la compagnie américaine ULT (Universal Learning Technologies) en 1999. Uniquement à l'Université d'Ottawa le nombre de cours ayant une composante WebCt est passé de 300 (11 000 inscriptions) à 512 entre 2001 et 2002, ce qui représente un accroissement de près de 60 % en un an ! La majorité, dont je fais partie, estime que la conception et la gestion d'un site exigent beaucoup de temps et d'heures d'apprentissage (deux étés à temps complet dans mon cas !), mais nous sommes tout de même 86 % à vouloir nous y consacrer de plus en plus dans l'avenir. Serions-nous masochistes ? Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi se donner tant de mal ?

Les motivations peuvent être extrinsèques (l'incitation institutionnelle et la pression des étudiants) ou intrinsèques (l'attrait de la nouveauté et la conviction - pas toujours attestée cependant - de l'efficacité de ces nouveaux outils). Mes collègues Manning et Freeman suggèrent que le choix d'un système de gestion de cours comme WebCt répond au besoin de passer aisément d'un mode d'enseignement à un autre, nommément du mode accessoire (accessory) au mode ensemble (ensemble) dans un même environnement. Le modèle dont s'inspirent ces chercheurs a été proposé par Harasim et al (1995) pour qui l'implantation et l'usage des technologies éducationnelles adoptent l'une ou l'autre ou une combinaison des modalités suivantes : 1) le mode chalk -and-talk (l'ardoise) où le professeur livre de façon unidirectionnelle la matière à l'aide d'une craie et d'un tableau noir ou de transparents et d'un rétroprojecteur; 2) le mode accessoire (accessory) où le professeur livre la matière par l'intermédiaire d'un ordinateur, ce mode se déclinant lui-même selon deux types de pratiques : a) soit l'ordinateur est utilisé en salle de classe comme support de présentation PowerPoint par exemple, éventuellement avec des hyperliens intégrés; b) soit l'ordinateur est utilisé pour distribuer les contenus de cours en ligne en complément des notes de cours, le professeur pouvant afficher des messages et distribuer des exercices, mais toujours de façon unidirectionnelle; 3) le mode ensemble (ensemble) se caractérise quant à lui par l'utilisation des pleines potentialités communicationnelles de l'ordinateur et du réseau Internet pour favoriser la participation des étudiants; les outils comme le babillard, le forum de discussion et les tests en ligne constituent ici une partie intégrante des stratégies d'apprentissage.

Pour plusieurs ce dernier mode représente un aboutissement des potentialités propres aux nouveaux outils informatiques qui doivent permettre de dépasser le simple calque ou la duplication de pratiques antérieures. Trop souvent, remarque-t-on, l'ordinateur est utilisé comme une simple ardoise high-tech ! J'ai un jour, lors d'un atelier de formation, mentionné à la stupéfaction d'un collègue spécialiste en éducation que pour moi un site web en complément de cours était l'équivalent d'un manuel. Quelle hérésie n'avais-je pas prononcée ? Disons aujourd'hui que je nuancerais, à peine cependant, en disant que c'est l'équivalent d'un manuel multimédia interactif synchrone et asynchrone. Je ne suis pas encore complètement passé en mode ensemble. Et je crois que c'est le cas pour plusieurs d'entre nous qui réfléchissons sur les meilleurs moyens de transmettre les connaissances par l'écrit, fut-il virtuel ?

À ce sujet l'enquête pan canadienne révèle que l'usage du e-book, au sens de e-text (manuel électronique numérisé) ou de ce que certains identifient sous l'appellation de e-pack (la filière WebCt) est peu répandu bien qu'on en reconnaisse de plus en plus l'importance. Si plus du tiers des répondants n'en connaissait pas l'existence en 1999, ils étaient presque quatre fois plus nombreux à en reconnaître la grande ou très grande utilité en 2000 (48 %) par rapport à 13 % en 1999. Il reste cependant qu'une année plus tard seulement 4 % des répondants au sondage de 2001 disent en faire usage, alors que 14 % comptent y recourir dans l'avenir. C'est peu, bien qu'il soit tout de même perçu positivement. On le considère plus souple et flexible que le manuel imprimé, mais on estime aussi qu'il exige plus d'effort. Les freins à son utilisation généralisée demeurent donc importants. Et si plusieurs professeurs souhaitent éventuellement développer leurs propres manuels, comme certaines maisons d'édition permettent de le faire, ils restent peu nombreux à se lancer dans l'aventure. À ce sujet je ferai remarquer que la disponibilité des ressources en français est minime (sinon inexistante, du moins en contexte canadien français) et que cette situation milite en faveur du développement de produits adaptés. Mais, comme le laisse entendre un responsable de l'édition française chez McGraw-Hill :

Pour ce qui est des éditeurs, ils sont à la remorque de la demande et doivent composer avec les coûts de licence importants exigés par les propriétaires de plate-forme telle que WebCT. Il faut également trouver des ressources compétentes pour élaborer les contenus et travailler à le rendre compatible à la plate-forme. Je résumerais [dit-il] la position du secteur à wait and see (attendons voir).

Cette position attentiste (bien que réaliste) risque de creuser davantage le fossé entre les banques de ressources disponibles en langue anglaise et les ressources électroniques disponibles en français. À ce chapitre, la nouvelle technologie ne fait qu'accentuer l'écart déjà visible dans d'autres domaines de l'édition. Mais si la tâche de mes collègues anglophones (j'enseigne dans une université bilingue) est facilitée par l'abondance des manuels électroniques auxquels ils peuvent s'alimenter, je peux au moins m'enorgueillir d'avoir été, même contraint par la force des choses, l'un des premiers de mon département à développer un site sur plate-forme WebCt (mince consolation !). Mais ne connaissant pas les e-packs avant de me lancer dans l'aventure, j'ai été obligé de tout réinventer et sans doute ai-je commis un certain nombre d'erreurs de parcours propres à tout bon novice, même et peut-être surtout (!) enthousiaste : comme de trop recourir aux présentations PowerPoint, de signaler un trop grand nombre d'hyperliens, de trop dépendre de partenaires sur lesquels on n'a aucun contrôle (Universia) [3] , de ne pas toujours avoir bien réfléchi aux modalités de navigation à l'intérieur du site entre les différentes composantes de la matière. Bref, ce qui peut s'avérer un merveilleux outil n'est pas exempt de complication si on n'y prend garde. Il faut se méfier de la technicite qui nous entraîne à l'exagération. Ce n'est pas parce qu'une chose est possible qu’elle est toujours appropriée. . .

Qu'est-ce que le e-pack ?

Les e-packs sont des manuels de cours numérisés « clés en main » pouvant s'adapter à des progiciels pédagogiques comme WebCt conçus et réalisés par des maisons d'édition, généralement en accompagnement de manuels traditionnels imprimés [4] . Ils comprennent un ensemble de fonctionnalités donnant accès à des contenus variés tout en permettant à l'utilisateur de les adapter à ses besoins spécifiques. Les e-packs combinent les fonctionnalités du système de gestion de cours  (inscription et suivi des étudiants, tests et statistiques, affichage des résultats, fonctions de communication, etc.) et des contenus préétablis et adaptables comme des animations vidéo, des modèles de syllabus, des banques de questions, des exercices pratiques, des simulations, des glossaires et un mode d'emploi pour l'enseignant. Généralement les professeurs choisissent un e-pack en complément d'un manuel de cours imprimé, ce qui facilite d'autant la conception et la réalisation d'un site web en complément de ce cours tout en permettant d'économiser un temps précieux.

Même si les répondants aux sondages McGraw-Hill n'avaient pas spécifiquement à identifier les causes du manque d'attrait pour le e-book (e-pack) on peut déduire leur attitude à cet égard de leurs réponses aux questions portant sur les défis à relever face à l'usage des nouvelles technologies dans l'enseignement. À ce sujet on signale le manque de support institutionnel dans la mise à jour des équipements ainsi que le manque d'informations relatives aux logiciels disponibles. On déplore également le manque de formation et d'assistance dans la préparation des contenus de cours. Tel n'est cependant pas le cas à l'Université d'Ottawa qui déploie de grands efforts, non seulement pour inciter les professeurs à utiliser les nouvelles technologies, mais également pour leur prêter une assistance individualisée. Le centre du cyber-apprentissage organise en ce sens de nombreux ateliers d'initiation et de perfectionnement.

Certains, bien que de plus en plus minoritaires depuis 1999, se plaignent de problèmes de connexion au réseau, tant pour eux que pour les étudiants qui sont tout de même de plus en plus nombreux à avoir accès à un ordinateur personnel. Mentionnons à ce sujet que les cohortes qui s'inscriront à l'université dans les années à venir seront largement favorisées par rapport à leurs prédécesseurs. De récentes statistiques révèlent que 88 % des élèves canadiens de 15 ans fréquentant les écoles secondaires (niveau du lycée) avaient accès à un ordinateur domestique en 2000. Le Canada se situe ainsi au troisième rang des pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), derrière l'Australie (83 %) et les États-Unis (82 %) [5] . Aussi les auteurs du rapport n'hésitent-ils pas à conclure que « le Canada est sur le point d'atteindre un accès universel des TIC à la maison » puisque près de 9 jeunes sur 10 disposent d'un ordinateur domestique et que 7 sur 10 ont accès à Internet. La province de l'Ontario (principal bassin des étudiants de l'Université d'Ottawa) arrive en tête du peloton aussi bien quant au taux d'accès à un ordinateur à la maison (95 %) qu'à celui de l'usage d'Internet (75 %), alors que la province de Québec ferme la marche avec un taux de 80 % d'accès à un ordinateur domestique et 60 % d'accès à Internet au foyer. [6] .

Principaux avantages des e-packs

La flexibilité

Le contenu des e-packs n’est pas fixé une fois pour toutes. Le professeur a le loisir de le modifier, de le réorganiser et de l’augmenter selon ses besoins propres. Il bénéficie ainsi de contenus préemballés flexibles, d’un appareil de références traditionnel et  d’hyperliens de même que de tout autre type de matériel audiovisuel libéré de droits provenant de partenaires comme CNN ou Radio-Canada par exemple. Les ententes conclues avec les partenaires qui libèrent les droits facilitent indéniablement l'usage d'un e-pack, en plus de donner accès à un réservoir actualisé de ressources médiatiques originales, comme j'ai pu l'expérimenter avec les archives radiophoniques de la Société Radio-Canada dans le cadre du projet-pilote Universia [7] visant à mettre à profit les entrevues archivées et numérisées aux fins de l'enseignement universitaire.

Il ressort globalement des sondages pan canadiens que l'ensemble des fonctionnalités du e-text (ou du e-pack) sont jugées importantes, les plus prisées étant la possibilité de faire des recherches de façon plus rapide et de meilleure qualité et la convergence des composantes multimédias (images, graphiques, sons et vidéo) qui favorisent l'apprentissage en stimulant divers canaux perceptifs menant à une meilleure compréhension (70 %). Vient immédiatement en second lieu la possibilité d'obtenir des mises à jour des éditeurs (68 %). Ensuite on retrouve en ordre décroissant d'importance : les références aux hyperliens référencés (63 %) et la possibilité d'ajouter des signets (57 %). Finalement, ce qui peut étonner et poser question, la prise de note (51 %) et le surlignement électroniques (48 %) arrivent en dernier lieu. En somme, on ne tire pas encore pleinement profit de ce qui devrait apparaître comme des modalités de personnalisation et d'appropriation des cybertextes. J'ai pu remarquer par exemple que la fonction « prise de note » de WebCt qui permet de rédiger des commentaires personnalisés en accompagnement de chacune des pages de contenu était sous utilisée par mes étudiants qui préfèrent toujours la prise de note « en dur » sur papier. On n’a pas encore pris l’habitude d’inscrire le cheminement de sa pensée dans les marges du virtuel, comme on le fait dans les marges de l’imprimé. L’outil n’est pas pleinement apprivoisé. On se méfie peut-être de sa volatilité ?

L'économie de temps

L'adoption d'un e-pack facilite l'initiation à l'usage et à la conception d'un site web avec moins d’appréhension et en y consacrant un temps raisonnable tout en bénéficiant des ressources des éditeurs. L'usage et l'analyse des produits existants est source d'enseignement. Le pédagogue aura intérêt à s’y référer pour apprécier les contenus et les modalités de navigation qui exploitent pleinement l’environnement hyper médiatique. Le manque de temps constitue un frein très important à l'adoption et à l'implantation des nouvelles technologies dans l'enseignement. Les répondants estiment que le temps requis pour prendre connaissance de la technologie et de ses usages éducatifs de même que le temps nécessaire pour l'expérimenter dans leurs cours, en faire l'évaluation, et apporter les correctifs voulus exigent de nombreuses heures de travail supplémentaires. On s'inquiète par ailleurs quant au coût du e-book tout en prévoyant que l'on en arrivera à une solution mixte : manuel papier et son complément électronique. Les données diffèrent ici d'une discipline à l'autre. Il est étonnant de remarquer par exemple que 50 % des professeurs des sciences humaines et des sciences sociales, comparativement à 40 % des sciences et de l'ingénierie, prévoient un fort accroissement de l'usage du e-book dans l'enseignement. Alors que l'on se serait attendu au contraire.

Avantages institutionnels

L'adoption d'un e-pack permet aux institutions d'entrer dans le marché de l'éducation à distance en permettant à ses professeurs de s'initier et de développer des contenus de cours autonomes ou en association avec les éditeurs. Comme le souligne Margaret Haughey :

La tendance actuelle va vers des modèles d'apprentissage personnalisés et axés sur les ressources et la personne apprenante, ce qui devrait présenter au corps professoral l'occasion de relever de nouveaux défis et d'élaborer du matériel de cours multimédiatique intéressant, à jour et rentable qui fera concurrence à celui des fabricants commerciaux [8] .

C'est la prochaine étape, celle qui consiste à associer l'institution et des éditeurs au projet de création de manuels de cours numériques en mettant à la disposition des professeurs les ressources nécessaires pour que les produits intéressent des clientèles suffisamment importantes pour amortir les coûts de production. C'est là où une concertation fructueuse pourrait s'établir au sein de l'espace francophone.

Accélération de l'implantation d'un progiciel de gestion de cours

La facilité d'adoption des e-packsfavorise la transition vers le e-learning sans avoir nécessairement à souffrir des affres de l'apprentissage de la programmation ou à maîtriser des logiciels de conception compliqués; en bref sans devoir partir à zéro. Les professeurs peuvent ainsi consacrer plus de temps à l'expérimentation des fonctionnalités du système de gestion de cours et développer des stratégies de communication adaptées à l'enseignement en ligne. Les manuels électroniques de la filière WebCt sont directement conçus de telle sorte à s'intégrer parfaitement à la plate-forme, ce qui facilite d'autant l'apprentissage puisque les modifications et les adaptations effectuées par le professeur requièrent un minimum de compétence, laquelle ne fera que s'accroître au fur et à mesure que celui-ci mesurera les avantages du système.

La satisfaction des étudiants

Selon les promoteurs de WebCt, les étudiants manifestent beaucoup d'intérêt et d'enthousiasme envers les e-packs. Ils apprécient particulièrement les banques de questions et les tests qui leur permettent de mieux intégrer la matière. L'évaluation passerait ainsi de la mesure de la performance à la promotion de l'apprentissage. Par ailleurs, la généralisation du recours aux e-packs aurait un effet favorable sur l'augmentation du volume d'inscriptions dans les cours.

Je ne peux pas mesurer l'efficacité réelle des e-packs commerciaux puisque je ne les ai pas vraiment expérimentés, mais je peux confirmer que les contenus développés sur la plate-forme WebCT sous forme de manuel électronique personnalisé avec hyperliens, images, graphiques, et tests ont obtenu la faveur de la majorité de mes étudiants. Les banques de questions, auxquelles on peut répondre directement en ligne et obtenir une rétroaction immédiate, représentent un attrait majeur. Et je constate, pour le meilleur et pour le pire (!) que les effectifs de mes cours sont à la hausse. . .

Conclusion

Les défis que pose l'édition numérique dans le contexte de l'enseignement supérieur sont de plusieurs ordres. On peut les envisager selon les deux pôles complémentaires de la communication pédagogique. D'une part, le professeur dispose d'un certain nombre d'outils qui devraient lui permettre d'innover dans la conception et la livraison de la matière. Et d'autre part, les étudiants sont exposés à des modes de communication qui en principe visent à favoriser les interactions par le biais de l'écrit. Or il s'avère souvent que ces outils sont mis au service de pratiques traditionnelles qui n'exploitent que très faiblement le potentiel des technologies d'information et de communication. À l'ère de la remise en cause des contenus « préemballés », le défi consiste à ouvrir de nouveaux espaces de lecture et d'écriture aux interactions entre les partenaires d'un même parcours de connaissance. Les manuels électroniques représentent en ce sens une solution transitoire intéressante en ceci qu'ils offrent un cadre structuré et balisé d'exploration des contenus tout en invitant à la collaboration. Encore faut-il que son organisation vise à être intrinsèquement motivante pour l'apprenant, qu'elle s'appuie sur les connaissances antérieures, qu'elle suscite l'exploration et l'interaction, et qu'elle contribue au développement de la pensée critique [9] .


[1] Linda Manning and Wendy Freeman, Web-based Teaching. Is it more than Digitized Chalk and Talk? , University of Ottawa and Ryerson Polytechnic University, ( texte non publié ).

[2] Technology and Student Success in Higher Education. A research Study on Faculty Perceptions of Technology and Student Success, McGraw-Hill Ryerson Limited, Whitby, Ontario, Canada, 2000-2001-2002.

[3] Denis Bachand, « La convergence de l'ancien et du nouveau. Universia : les archives radiophoniques de Radio-Canada au service de la formation universitaire sur Internet », Communications, vol. 21, no. 1, 2001, p. 143-157.

[4] www.webct.com/content

[5] Les chiffres pour la France n'étaient pas disponibles.

[6]Source : « Technologies de l'information et des communications : accès et utilisation », Revue trimestrielle de l'éducation, 2002, vol.8,, no 4. Statistiques Canada - No 81-003. Cette enquête a été effectuée dans 32 pays. L'échantillon de chacun des pays était constitué approximativement de 5 000 élèves provenant de 150 à 250 établissements. Au Canada, l'échantillon était plus important : 29 887 élèves de 1 117 écoles ont été interrogés.

[8]« Options de recherche au Canada : la nouvelle technologie d'information et l'apprentissage » site du Conseil des ministres de l'éducation (Canada)  http://www.cmec.ca/stats/pcera/compaper/98-17fr.pdf

[9] Voir à ce sujet : Janice Ahola-Sidaway and Margaret McKinnon, « Fostering Pedagogical Soundness of Multimedia Learning Materials », Canadian Journal of Educational Commuictaion, vol. 27, no 2, 1999, 67-86.

Open Plate-forme unique, pensée unique ? (1 reply)
François Mangenot, Dec 2, 2002 13:48 UT
Close Hypertext and Academic Credit for Contributions  
Stevan Harnad
Dec 2, 2002 12:49 UT

A more flexible (though perhaps more labor-intensive) alternative to course-packs can be improvised out of a combination of a class email list and a Hypermail Archive. Readings and instructional materials can be archived on the Web and the class discussion can be archived in the linked Hypermail Archive. See: http://www.ecs.soton.ac.uk/~harnad/Hypermail/

Active skywriting can also be labor-intensive (but desirable, otherwise the "peer-to-peer" student skywriting becomes the blind leading the blind). http://www.ecs.soton.ac.uk/~harnad/Hypermail/Amsci/2373.html

Credit for these contributions will come, however, on exactly the same model as credit for research impact. Scientometric quantification and analysis of "teaching impact" will rapidly evolve as online distance education prevails and will be derived from online measures of usage, links, citations and "air-time." See: http://citebase.eprints.org/help/index.php
and
http://www.ecs.soton.ac.uk/~harnad/Hypermail/Amsci/2373.html

  4 replies to Hypertext and Academic Credit for Contributions:
    Close Re Labor-intensive devices
Joe Dudley
Dec 9, 2002 4:53 UT

Actually some other options are not really that labor intensive. I have been developing web options for the KSU writing centers over the last year, and we have found that simply loading documents to the web in word processing format and then writing links to them from existing web pages is very effective. The documents can be viewed online or downloaded by students at their point of need in a printer-ready format. Recently the Kent campus writing center has converted all mini-lesson handouts to this mode, which has actually broadened the range of students and faculty that we can reach, as they no longer have to come up to the third floor of the Enlish building, but can now visit us directly from their dorm or office computers:

http://dept.kent.edu/english/WritingCent/

We've also recently partnered with the Psychology Dept to create an online writing lab specifically for PSYC students based on the same method of construction:

http://dept.kent.edu/english/WritingCent/opwl/opwl.htm

    Open Ciélographie
Stevan Harnad, Dec 7, 2002 14:44 UT
    Open Skywriting
François Mangenot, Dec 7, 2002 7:41 UT
    Open labor-intensive devices
Denis Bachand, Dec 2, 2002 13:19 UT
Open Comment faire du vieux avec du neuf... (2 replies)
daniel peraya, Dec 1, 2002 14:17 UT
Open New modes of teaching (2 replies)
David Johnston, Nov 30, 2002 18:19 UT
Open MONOGRAPHIES NUMERIQUES (1 reply)
Charlie MANSFIELD, Nov 25, 2002 15:33 UT
 
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