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Deux conceptions de la communication linguistique
On peut, en simplifiant, opposer deux modèles de la communication linguistique, le modèle classique de la communication ou «modèle du code» et le modèle inférentiel. Selon le modèle du code, tout communicateur encode son message au moyen d'un signal que le destinataire décode. Les phrases de la langue sont précisément des signaux complexes qui encodent des messages.
A ce modèle du code, la pragmatique linguistique objecte que la même phrase peut servir à communiquer un nombre indéfini de messages différents qui ne peuvent donc pas être reconstitués par simple décodage. Soit par exemple la phrase: «Elle est trop lente». Cette phrase tout à fait ordinaire ne présente aucune difficulté linguistique particulière. Elle peut cependant servir à véhiculer un nombre indéfini de sens, par exemple Marie calcule trop lentement pour finir les exercices à temps, la réaction chimique est trop lente par rapport à ce qui avait été prévu, la baisse du taux de chômage est trop lente pour éviter des mouvements sociaux, la voiture de Jacques est trop lente (et donc je propose de prendre celle de Pierre), etc. Pour découvrir quel sens une énonciation de cette phrase véhicule, il faut disposer d’informations contextuelles. Ces informations aideront à comprendre à qui ou à quoi «elle» se réfère, de quelle lenteur il est question (dans le mouvement, dans la pensée, dans le déroulement d’un processus, etc.), quels critères déterminent la valeur de «trop». Elles aideront à reconnaître le caractère plus ou moins littéral, hyperbolique ou ironique de l’énoncé. Elles aideront enfin à en reconnaître les éventuelles implicitations.
Selon le modèle inférentiel, dont différentes versions sont développées dans la pragmatique contemporaine, un énoncé est un indice du sens voulu par le locuteur. Le décodage du sens linguistique y est vu comme un élément seulement du processus de compréhension, processus qui s’appuie à la fois sur ce sens linguistique et sur le contexte pour aboutir à une identification du vouloir-dire du locuteur.
C’est, le philosophe Paul Grice (1957) qui a le premier développé cette perspective. Il a analysé en effet de façon nouvelle les rapports entre sens linguistique (sentence meaning) et sens voulu (speaker’s meaning). Le sens voulu, dans l’analyse que Grice en propose, est une intention complexe du communicateur qui a besoin d’être reconnue par le destinataire pour être accomplie. Il s’agit en effet d’une intention d’avoir un certain effet sur l’esprit du destinataire en faisant reconnaître l’intention qu’on a d’avoir cet effet.
La communication ainsi conçue relève de la capacité des êtres humains d’attribuer des états mentaux à autrui, c'est-à-dire de leur psychologie naïve Cette capacité a fait l’objet de nombreux travaux en psychologie du dévéloppement (Baron-Cohen et al., 2000) et dans l’étude de l’évolution des comportements sociaux (Byrne et Whyten, 1988). Les humains interprètent spontanément le comportement les uns des autres non pas comme des simples mouvements corporels, mais comme la réalisation d’intentions guidées par des croyances. Vivant dans un monde habité non seulement par des objets physiques et des corps vivants mais aussi par des états mentaux, les humains peuvent vouloir agir sur ces états mentaux. Ils peuvent chercher à modifier les désirs et les croyances d’autrui. Cette action peut être menée à l’insu de celui qu’on essaye d’influencer. Elle peut aussi être menée ouvertement – on montre à autrui qu’on l’incite à croire ou à vouloir quelque chose –, et il s’agit alors de communication proprement dite. La communication s’effectue en donnant au destinataire des indices du sens qu’on entend lui communiquer. Ces indices peuvent être de tout ordre, gestes, mimiques, monstrations, ils peuvent être codés ou non codés, pourvu qu’ils permettent au destinataire d’inférer le sens voulu.
Dans la communication inférentielle le communicateur cherche à réaliser son intention en la rendant manifeste au destinataire. Une telle procédure comporte un risque évident : le destinataire, comprenant qu’on cherche à l’influencer, peut facilement déjouer cette intention. En revanche, la communication inférentielle, du fait même qu’elle est ouverte, comporte deux avantages qui la rendent, dans la plupart des cas, bien plus puissante que toutes les autres façons d’agir sur les états mentaux. En effet, si un destinataire méfiant refusera de se laisser influencer, un destinataire qui a confiance en la compétence et l’honnêteté du communicateur fera de lui-même un effort pour comprendre un message qu’il sera disposé à accepter. Plus important encore, tandis que la manipulation des états mentaux d’autrui par des moyens non communicationnels est relativement lourde à mettre en œuvre et reste toujours imprécise, la communication ouverte permet de véhiculer à très peu de frais des contenus aussi riches et précis qu’on le souhaite.
Le rôle du langage, dans la communication inférentielle est justement de fournir au communicateur des indices aussi précis et complexes qu’il le souhaite du contenu qu’il veut faire accepter par le destinataire. Il n’est pas besoin pour cela que l’énoncé encode ce contenu in extenso et sans ambiguïté. De façon tout à fait ordinaire, un encodage fragmentaire, ambigu et imprécis suffit, dans le contexte, à indiquer un sens complet et univoque. La compréhension inférentielle n’est pas, à cet égard, différente de tous les autres processus cognitifs d’inférence non-démonstrative, qui tirent des conclusions assez fiables d’indices fragmentaires et ouverts à plusieurs interprétations en s’appuyant sur des régularités empiriques et sur le contexte. La tâche principale de la pragmatique est d’expliquer comment s’effectue un tel processus d’inférence dans le cas particulier de la communication linguistique : quelles régularités empiriques guide le processus ? Comment les propriétés linguistiques de l’énoncé d’une part et les informations contextuelles d’autre part sont-elles exploitées ? Si différentes théories pragmatiques (e.g. Ducrot, Grice, Levinson, Sperber et Wilson) donnent des réponses différentes à ces questions, elles s’accordent en revanche sur les deux considérations qui fondent toute leur démarche : la compréhension est inférentielle, et elle vise, en s’appuyant sur le sens linguistique de la phrase et sur le contexte, à découvrir le sens voulu par le locuteur.
Le modèle classique du code et le modèle inférentiel développé par la pragmatique assignent, on le voit, des fonctions différentes au langage dans la communication linguistique. A des fonctions différentes devraient correspondre, dans l’histoire de l’espèce, des pressions sélectives elles aussi différentes et donc des hypothèses différentes sur l’évolution biologique du langage. Cependant, soit qu’en pratique ils acceptent le modèle du code (comme par exemple Pinker, 1994, ch.7), soit qu’ils envisagent l’évolution du langage sans se soucier de ses propriétés proprement linguistiques (comme par exemple Dunbar 1996), les théoriciens de l’évolution du langage n’ont pas donné de place significative à la dimension pragmatique du langage (Dessalles 2000 faisant à cet égard exception) et ont encore moins pris en considération le rôle précis des processus communicationnels dans la communication linguistique.
L’évolution du langage et les deux modèles de la communication linguistique
La communication codée fonctionne au mieux quand les interlocuteurs partagent exactement le même code. Toute différence entre le code du communicateur et celui du destinataire est en revanche une source d’erreur possible dans le processus de la communication. Dans ces conditions, une mutation affectant la faculté de langage d’un individu risquera de lui faire intérioriser un code différent de celui d’autrui à partir des mêmes données linguistiques Cette non-correspondance des codes nuira à la capacité de l’individu de communiquer. Elle sera anti-adaptative.
Plus généralement, puisqu’un code doit être partagé par une population pour être avantageux, l’évolution ne peut pas facilement «expérimenter» avec des modifications dont les chances, de toute façon faibles, d’être avantageuses ne se vérifieront que lorsque la modification sera suffisamment répandue. Les modifications les plus plausibles sont des ajouts au code de nouveaux signaux (par exemple d’un signal d’alarme pour une nouvelle espèce de prédateurs dans l’environnement), ajouts qui ne modifient pas la structure du code préexistant. La taille très modeste des codes de la communication animale suggère que ces ajouts eux-mêmes sont rares. De fait, les codes de la communication animale, qui, à la différence des langues humaines, fonctionnent vraiment selon le modèle du code, sont typiquement petits et d’une grande stabilité à l’intérieur d’une espèce donnée. La grande majorité d’entre eux n’implique aucun apprentissage, et lorsque apprentissage il y a, comme dans le cas des oiseaux chanteurs, il ne porte typiquement que sur un seul signal dont il faut bien qu’il soit appris puisqu’il a pour fonction de distinguer des populations locales de la même espèce.
Dans le cas de la communication inférentielle, les choses se présentent tout autrement. En effet, le succès de la communication inférentielle ne requiert pas que le communicateur et le destinataire aient la même représentation sémantique de l’énoncé. Il suffit qu’ils voient dans l’énoncé, quelle que soit la façon dont ils se le représentent, un indice indiquant la même conclusion. Soit par exemple le dialogue banal suivant:
Pierre: je suis crevé !
Marie: Eh bien, rentrons à la maison
Peu importe que le sens auquel Pierre et Marie associent le mot «crevé» soit le même. Il se peut que, pour Pierre, «crevé» signifie une fatigue extrême, tandis que, pour Marie, «crevé» est un simple synonyme de «fatigué». De toute façon, Pierre dit «je suis crevé» non pour indiquer un degré de fatigue que ce terme encoderait, mais pour indiquer contextuellement à la fois sont souhait de rentrer à la maison et la raison de ce souhait, à savoir sa fatigue. Le degré de fatigue qui justifie qu’on désire rentrer chez soi dépend des situations : il n’est pas le même à une soirée entre amis, en promenade, ou au travail. Dans l’énoncé de Pierre, donc, «crevé» indique le degré de fatigue qui, dans la situation d’énonciation, est pertinent en ceci qu’il justifie le souhait de Pierre.
L’identité de code entre les interlocuteurs n’est pas nécessaire; elle n’est pas suffisante non plus. Soit le dialogue suivant:
Pierre: Pouvez vous réparer ma montre ?
L’horloger: Cela prendra du temps.
La sémantique de «prendra du temps» est triviale (ou en tout cas admettons qu’elle le soit, et de la même manière, pour Pierre et l’horloger) : prend du temps tout ce qui a une durée non nulle. Si on s’en tient au sens littéral de son énoncé, l’horloger énonce donc un truisme. Cependant, en énonçant ce truisme, l’horloger met Pierre sur la voie d’une interprétation qui, elle, est pertinente. C’est bien de temps qu’il s’agit et la réparation de la montre prendra un temps sur lequel il est pertinent d’attirer l’attention de Pierre. Si Pierre s’attend à une réparation d’au moins une semaine, il comprendra «Cela prendra du temps» comme voulant dire que la réparation prendra plusieurs semaines. Si l’horloger pour sa part pense que Pierre s’attend à une réparation le jour même, il se sera exprimé comme il l’a fait pour dire que la réparation sera une affaire non d’heures mais de jours. Que dans leur lexique les mots «prendre» «du» et «temps» aient le même sens ne les protège donc pas du malentendu.
Selon le modèle inférentiel, donc, la quasi-identité de code entre interlocuteurs n’est pas nécessaire pour qu’ils puissent communiquer au mieux. Dans ces conditions, le fait qu’une mutation affectant la faculté de langage peut faire diverger la grammaire du mutant de celle de ses congénères ne nuit pas forcément à sa capacité de communiquer. Comme nous allons le montrer maintenant, une telle mutation peut même être avantageuse.
En particulier, une faculté de langage qui mènerait à intérioriser une grammaire qui attribue plus de structure aux énoncés qu’ils n’en réalisent superficiellement (qui, par exemple, y projetterait des constituants non-exprimés) pourrait faciliter la compréhension inférentielle.
Imaginons une proto-langue ne comportant que des paires son-sens de l’échelle du mot, sans aucune structure syntaxique. Le mot «boire» dans cette proto-langue désigne l’action de boire et ne fait rien de plus (ce n’est pas, contrairement au «boire» du français, un prédicat à deux places), le mot «eau» dans cette proto-langue désigne la substance et ne fait rien de plus, etc. Avec un code aussi limité, le seul décodage par l’auditeur du sens associé au mot prononcé par le locuteur ne suffirait pas assurer de communication entre eux. L’auditeur qui associe à l’énoncé «eau» le concept d’eau n’est pas pour autant informé de quoi que ce soit. Même une concaténation d’expressions d’un tel langage, comme par exemple «boire eau» ne serait pas décodée comme nous avons tendance à le faire spontanément sur la base de notre compréhension du français. «Boire eau» ne désigne pas, dans cette proto-langue, l’action de boire de l’eau. On a seulement deux concepts, celui de boire et celui d’eau qui sont activés sans être sémantiquement liés. L’activation mentale d’un ou plusieurs concepts sans lien syntaxique entre eux ne désigne pas un état de chose ou une action associant ces deux concepts; encore moins exprime-t-elle une croyance ou un désir.
Dans ces conditions, une telle proto-langue n’aurait d’utilité que pour des êtres capables de communication inférentielle. Pour de tels individus, l’activation par décodage ne serait-ce que d’un seul concept pourrait facilement leur fournir un indice suffisant pour reconstruire un sens complet, le vouloir-dire d’un locuteur. Imaginez deux locuteurs de cette proto-langue, appellons les Pierre et Marie, marchant dans le désert. Pierre montre du doigt l’horizon et dit «eau». Marie en infère correctement qu’il veut dire quelque chose comme il y a de l’eau là-bas. Juste quand ils parviennent au point d’eau, Pierre s’effondre épuisé et dit «eau». Marie en infère correctement qu’il veut dire quelque chose comme donne moi de l’eau. Juste quand ils parviennent au point d’eau, Pierre s’effondre épuisé et dit «eau». Marie en infère correctement qu’il veut dire quelque chose comme donne moi de l’eau. Les signaux de la communication animale, communication qui elle est pleinement codée, ne permettent jamais un tel éventail de constructions interprétatives.
Imaginons maintenant que Marie ait été une mutante dont la faculté de langage, plus complexe que celle de ses congénères, l’avait disposée, enfant, à analyser les mots de la proto-langue qu’elle était en train d’acquérir soit comme des arguments, soit comme des prédicats à une ou deux places. Elle avait ainsi catégorisé «boire» comme un prédicat à deux places, «eau» comme un argument, etc. Quand Marie la mutante entend Pierre assoiffé murmurer «eau», ce qui est activé dans son esprit, ce n’est pas seulement le concept d’eau, mais une structure syntaxique avec un prédicat non-exprimé capable de prendre eau comme argument. Son décodage va donc au-delà de ce qui a, en fait, été encodé par Pierre. Lui n’est pas un mutant et il s’exprime donc dans la langue rudimentaire de leur communauté, sans y ajouter mentalement de structure syntaxique sous-jacente. Cette non-correspondance entre la représentation que Pierre et Marie se font de l’énoncé, ne nuit cependant pas à la communication. Même si elle n’avait pas été une mutante, Marie aurait du, pour interpréter ce que voulait dire Pierre, se représenter mentalement (mais pas linguistiquement) non seulement l’eau mais l’action qui avait l’eau pour objet. Marie la mutante est d’emblée mise sur la voie grâce à la structure syntaxique qu’elle attribue, faussement mais utilement, à l’énoncé de Pierre.
Quand elle parle, Marie la mutante encode au moyen de signaux homonymes avec ceux de sa communauté, non seulement des concepts atomiques, mais des structures prédicat-arguments. Quand elle dit «eau», son énoncé encode aussi la position non-exprimé d’un prédicat dont «eau» serait l’argument. Quand elle dit «boire», son énoncé encode la position non-exprimée des deux arguments de «boire». Quand elle dit «boire eau», son énoncé encode non seulement les deux concepts boire et eau mais aussi le concept complexe boire de l’eau (plus la position non-exprimée de l’argument-sujet de «boire»). Les interlocuteurs de Marie ne reconnaissent pas ces structures sous-jacentes dans ses énoncés, mais ils aboutissent tout de même aux interprétations voulues par un chemin inférentiel moins bien préparé linguistiquement.
Maintenant, si Marie est une mutante de la deuxième génération et a parmi ses interlocuteurs des frères et sœurs eux aussi mutants qui parlent et comprennent comme elle, alors elle et ses co-mutants communiquent plus efficacement que les autres membres de leur communauté. Il communiquent en effet au moyen d’une langue dont les énoncés, phonologiquement identiques à ceux de la langue des non-mutants, sont syntaxiquement et sémantiquement plus complexes et ainsi plus faciles à traiter pragmatiquement. Dans la langue de ces mutants, de nouveaux signes linguistiques peuvent émerger et se stabiliser par un processus de grammaticalisation inaccessible aux non-mutants. Par exemple des pronoms pourraient venir prendre la place des arguments non-spécifiés.
Cet exemple imaginaire illustre la façon dont une faculté de langage plus avancée, qui amène les individus qui en sont dotés à intérioriser un code plus riche que celui de leur communauté, peut émerger et évoluer. Il n’en va ainsi que dans un système de communication inférentielle. Dans un système de communication codique, tout écart par rapport à la grammaire commune sera désavantageux ou au mieux neutre, mais il ne pourra guère être avantageux.
Ces considérations s’appliquent à toutes les étapes éventuelles de l’évolution de la faculté de langage et aussi à son émergence initiale. Etre disposé à traiter un comportement communicationnel non-codé comme un signal codé peut faciliter la compréhension inférentielle des intentions du communicateur et mener à la conventionnalisation de ce type de comportement en tant que signal.
Conclusions
L’esprit humain se caractérise par deux capacités cognitives sans véritable équivalent dans d’autres espèces terrestres : le langage et la psychologie naïve, c'est-à-dire la capacité de tout un chacun de se représenter les états mentaux d’autrui. Nous avons suggéré que c’est grâce à l’interaction de ces deux capacités que la communication humaine a pu se développer et acquérir une puissance incomparable (cf. aussi Origgi 2001, Origgi & Sperber 2000, Sperber 2000). Dans une perspective pragmatique, il est clair en effet que la faculté de langage et les langues humaines, avec leur richesse et leur imperfections, ne sont adaptatives que dans une espèce déjà capable de psychologie naïve et de communication inférentielle. L’évolution relativement rapide des langues elles-mêmes et leur manque d’homogénéité à l’intérieur même d’une communauté linguistique – ces deux traits étant associés – ne s’expliquent bien, eux aussi, que si la fonction du langage dans la communication est de fournir des indices sur le sens voulu et non de l’encoder.
Dans ces conditions, l’étude de l’évolution du langage doit être étroitement associée à celle de l’évolution de la psychologie naïve. De même l’étude de l’évolution des langues doit prendre systématiquement en considération leur dimension pragmatique.
Références
Baron-Cohen, S. ; Tager-Flusberg, H. ; Cohen, D. J. (2000) Understanding Other Minds, Second edition, New York, Oxford University Press.
Byrne, R. Whiten, A. (eds. ) (1988) Machiavellian Intelligence : Social Expertise and Evolution of Intellect in Monkeys, Apes and Humans, Oxford : Oxford University Press.
Dessalles, J-L. (2000) Aux origines du langage. Une histoire naturelle de la parole, Paris, Hermès.
Ducrot, O. (1972) Dire et ne pas dire, Paris, Hermann.
Dunbar, R. I. M. (1996) Grooming, Gossip and the Evolution of Language, London, Faber & Faber.
Grice, P. (1957) “Meaning”, Philosophical Review, 66 : 377-88.
Grice, P. (1992) Studies in the Ways of Words, Cambridge, Mass., Harvard University Press.
Levinson, S.C. (1983) Pragmatics, Cambridge : Cambridge University Press.
Origgi, G. (2001) “Interpretare il linguaggio e interpretare gli altri : una o due teorie?” Sistemi Intelligenti, XIII : 171-188.
Origgi, G. ; Sperber, D. (2000) “ Evolution, communication and the proper function of language” in P. Carruthers, A. Chamberlain (eds.) Evolution and the Human Mind, Cambridge, Cambridge University Press : 140-169.
Pinker, S. (1994) The Language Instinct, New York, Penguin.
Sperber, D. (2000) “Metarepresentations in an Evolutionary Perspective” in D. Sperber (ed.) Metarepresentations, Basil Blackwell, Oxford.
Sperber, D. ; Wilson, D. (1986), Relevance, Communication et Cognition Basil Blackwell.
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Towards an explanation of the evolution of language
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Ingar Brinck, 25 avr. 2004 21:30 UT
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Comment on Origgi and Sperber: Context and inference are ubiquitous
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Petr Kotatko, 25 avr. 2004 15:25 UT
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Examining the Assumptions of an Evolutionary “Just So” Story.
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Michael Arbib, 24 avr. 2004 19:13 UT
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Two Aspects of Linguistic Communication
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Michael Arbib, 24 avr. 2004 19:08 UT
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Anne Reboul, 23 avr. 2004 13:49 UT
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Proto inferential communication?
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Peter Ford Dominey, 20 avr. 2004 15:39 UT
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Language and naive psychology in ontogeny
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Gil Diesendruck, 18 avr. 2004 13:40 UT
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Animal communication and human communication
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Anne Reboul, 14 avr. 2004 16:04 UT
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More syntax, less inference 
Jean-Louis Dessalles
14 avr. 2004 12:48 UT
In their paper, Gloria Origgi and Dan Sperber suggest that various aspects of the language faculty, like the ability to form predicates and to express them through syntax, developed to influence others’ mental states, thus creating an efficient communication system that relies on inferential capacities. I would like to question the plausibility of this scenario.
The authors assume that inferential communication presupposes the ability to represent the mental states of others, and that syntactic language is an improvement because it allows for more inferencing, as when arguments are left unspecified in a predicate. These two statements aren’t obvious.
Contrary to what the authors seem to suggest, protolanguage, as defined by Bickerton (1990), heavily relies on inference to be intelligible to hearers. Proto-utterances like ‘hole--water’ or ‘house--fire’ may mean that there is a leak in the water tank or that there is a fireplace in that house. Their interpretation requires that the context strongly constrain the universe of possible inferences. In this respect, the advent of cognitive predicates and of linguistic syntax considerably limits the need for inferential interpretation.
The authors are right to say that human communication is not a word for word translation between ostensible signs and internal meanings. But I doubt that we are the first species to enjoy inferential communication. Even a mere alarm call is context-sensitive and requires interpretation. If protolanguage has ever been used by some homo species, it must have been to refer to proximal situations, where the context could channel the diversity of possible inferences that were available to these ancestors.
I strongly support the authors’ concern to look at the evolution of language at the pragmatic level. From that perspective, the advent of the ability to form predicates, and the correlative advent of syntactic abilities, should indeed be seen as a qualitative change. However, rather than seeing there some kind of evolutionary "progress" due to increased inferential power, I proposed elsewhere (Dessalles 1998, 2000a, 2000b) that they fulfilled a new function, argumentation, that emerged as a way to detect liars.
References
Bickerton, D. (1990). Language and species. Chicago : University of Chicago Press. Dessalles, J-L. (1998). "Altruism, status, and the origin of relevance". In J. R. Hurford, M. Studdert-Kennedy & C. Knight (Eds), Approaches to the Evolution of Language - Social and Cognitive Bases. Cambridge : Cambridge University Press, 130-147. http://www.enst.fr/~jld/papiers/pap.evol/96122602.ps.gz Dessalles, J-L. (2000). Aux origines du langage - Une histoire naturelle de la parole. Paris : Hermès. http://www.enst.fr/~jld/papiers/pap.evol/99111703.html Dessalles, J-L. (2000). "Two stages in the evolution of language use". In J-L. Dessalles & L. Ghadakpour (Eds), Proceedings of the Third Conference on the Evolution of Language. Paris : E.N.S.T. 2000-S-002. http://www.enst.fr/~jld/papiers/pap.evol/00012401.html
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Reply to Jean-Louis
Dan Sperber, 15 avr. 2004 16:46 UT
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