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Introduction
Pendant des siècles, les philosophes et les savants essayent de répondre à la question de ce qui est le propre de l'homme, par opposition au reste de la nature, c'est-à-dire aux autres animaux. Parmi les nombreuses capacités qui ont été proposées, de la bipédie au rire, en passant par la fabrication et par l'usage des outils, il n'en reste que deux dont on peut dire de façon claire et indiscutable qu'aucun animal ne les possède : le langage et la théorie de l'esprit (c'est-à-dire la capacité à interpréter et à prédire le comportement d'autrui par l'attribution d'états mentaux, comme la croyance, le désir, les sentiments, etc.). Ainsi, malgré les nombreuses tentatives pour apprendre aux primates à parler, aucun d'entre eux, même le célèbre Kanzi, n'a obtenu la maîtrise d'un langage comparable du point de vue de la complexité (à la fois quantitativement et qualitativement) aux langues humaines. Du point de vue qualitatif, il paraît extrêmement douteux que les primates puissent apprendre la syntaxe et, du point de vue quantitatif, leur vocabulaire reste très limité. La même chose peut être dite de la théorie de l'esprit (ci-après ToM) : malgré le fait indiscutable que les primates (principalement les deux espèces de chimpanzés) vivent dans des sociétés hiérarchisées sophistiquées, avec une dose non négligeable de fluidité sociale, on n'est pas arrivé à montrer de façon indiscutable qu'ils aient le type de ToM dont jouissent les êtres humains (normaux). De fait, il semble y avoir de bonnes raisons de penser qu'ils pourraient appartenir, selon la distinction de Sterelny (2000) entre lecteurs de comportement et lecteurs d'esprit, au premier groupe plutôt qu'au second, alors que les êtres humains sont clairement des lecteurs d'esprit.
D'un autre côté, le statut du langage quant à son évolution reste peu clair: s'agit-il d'une adaptation ou d'une quelconque exaptation (c'est-à-dire d'un sous-produit d'autres capacités qui seraient, quant à elles, le fruit d'une adaptation) ? Dans le premier cas, le langage a-t-il évolué à partir de la communication animal ou est-il sui generis ? Dans le second cas, à partir de quoi a-t-il été exapté ? Et quelles seraient les adaptations à partir desquelles le langage a émergé et comment, exactement, lui ont-elles permis d'émerger ? Le fait même que le langage et la ToM semblent spécifiques à l'espèce humaine, combiné au fait que la ToM semble avoir un rôle dans n'importe quel comportement communicatif sophistiqué, et à l'idée que le langage a évolué à partir des systèmes de communication animaux, ont conduit certains chercheurs à l'hypothèse que la ToM était un pré requis pour l'évolution du langage, ou, alternativement, que c'était une des adaptations à partir desquelles le langage a été exapté. (Il faut noter que le fait que le langage pourrait d'abord avoir été une exaptation ne lui interdit pas d'être devenu, par une pression environnementale, une adaptation, par exemple en étant sélectionné puis inscrit dans le génotype. C'est par exemple un scénario plausible pour la bipédie, cf. Berge & Gasc 2001, Picq 2003). Si le lien entre la communication et la ToM ainsi que l'hypothèse selon laquelle le langage a évolué à partir de la communication animale sont admis, alors le langage, qu'il ait évolué ou qu'il ait été exapté, est vu principalement comme un système de communication, c'est-à-dire un système dont la fonction principale est la communication. De fait, ceci s'accorde bien avec l'hypothèse de la Cognition sociale, proposée par Humphrey (1976), et selon laquelle la cognition sociale a évolué sous la pression de la taille des groupes chez les animaux sociaux et que les autres capacités cognitives en seraient dérivées.
L'idée selon laquelle il y a un lien entre le langage et la ToM n'est pas une surprise pour le pragmaticien, particulièrement lorsqu'il est d'obédience gricéenne : une des hypothèses centrales de la pragmatique contemporaine est que la communication linguistique est sémantiquement sous déterminée et que le décodage de la phrase doit s'accompagner de processus inférentiels livrant l'interprétation complète de l'énoncé (cf., entre autres, Sperber & Wilson 1995, Levinson 2000, Reboul & Moeschler 1998). Ces processus inférentiels pourraient être basés sur la ToM. En effet, il est difficile de penser que la communication linguistique pourrait exister sans que notre espèce puisse lire l'esprit. Dans deux articles récents, Origgi & Sperber (2000, à paraître) ont lié cette particularité de la communication linguistique au problème de l'évolution du langage. Ils font remarquer que ce n'est pas tant le langage lui-même qui a évolué, mais la capacité à l'acquisition du langage. Ils indiquent le rôle de la ToM dans la solution du paradoxe que ceci soulève : à quoi sert l'acquisition du langage s'il n'y a pas de langage que l'on puisse acquérir ? Ce paradoxe, qui est insoluble si l'on adopte une vision codique de la communication linguistique, se dissout si l'on adopte une vision inférentielle ou mixte, parce que l'inférence intervient. A la base, ce que ceci signifie est que le langage n'aurait pas pu apparaître sans une capacité quelconque à lire l'esprit. De fait, c'est une hypothèse très fréquente dans la littérature sur l'évolution du langage (cf. Givon & Malle 2002 et, pour un compte-rendu, Reboul 2003a).
Je ne m'intéresserai pas ici au processus précis de l'évolution du langage (cf. Christiansen & Kirby 2003), mais au problème plus délicat de savoir si l'évolution de la ToM a effectivement précédé l'évolution du langage, c'est-à-dire aux aspects chronologiques du problème, tout autant qu'au type de ToM qui a dû précéder le langage.
Une succession d'évolutions ou une co-évolution du langage et de la ToM ?
En bref, l'évolution du langage n'aurait probablement pas pu se faire sans une ToM opérationnelle et ceci suggère un scénario dans lequel l'évolution de la ToM a précédé et a été une condition de l'évolution du langage. Comme l'a indiqué précédemment Malle (2002), les choses ne sont cependant pas aussi simples : par exemple, nos plus proches parents dans la famille des grands primates, les deux espèces de chimpanzés, ne semblent pas avoir de ToM comparable à la ToM humaine (ceci ne veut pas suggérer que nous aurions pu hériter notre ToM des chimpanzés, mais que les chimpanzés et les êtres humains auraient pu l'hériter de leur ancêtre commun d'il y a environ sept millions d'années) ; qui plus est, le principal test de la ToM, le test de la fausse croyance, n'est pas réussi par les enfants avant quatre ans. Par ailleurs, un test plus récent, le test des contextes opaques (cf. Kamawar & Olson 2000, Robinson & Apperly 2003), n'est pas réussi avant cinq ans. Cependant, l'acquisition du langage commence approximativement vers 9 mois, très longtemps avant que les enfants puissent passer le test de la fausse croyance, comme le montre le tableau suivant (construit à partir des données de Baron-Cohen 1995 et Bloom 2000):
Age
|
Language acquisition
|
ToM acquisition
|
|
From
birth to 9 months
|
|
ID
and EDD
|
|
9
months to 18 months
|
Going
from 6 words to 40
|
SAM
|
|
24
months
|
311
words
|
Development
of TOM
|
|
30
months
|
574
words
|
Development
of TOM
|
|
48
months
|
Development
of vocabulary
|
False
belief test
|
|
60
months
|
Development
of vocabulary
|
Opaque
context test
|
(Où ID est le détecteur d'intentionnalité, EDD est le détecteur de direction du regard et SAM est le mécanisme d'attention partagée). Le problème est que, exactement comme une ToM opérationnelle est supposée permettre l'évolution du langage, une ToM opérationnelle est supposée nécessaire pour l'acquisition du langage (Bloom 2000). Le tableau ci-dessus suggère que soit ces hypothèse sont fausses soit une vision plus complexe, impliquant la co-évolution ou la co-acquisition plutôt qu'une succession entre la ToM et le langage, est nécessaire.
De fait, il y a des données expérimentales qui indiquent un lien entre succès au test de la fausse croyance et capacités linguistiques, que ce lien soit de nature syntaxique, sémantique ou les deux à la fois (cf. entre autres Yun Chin & Bernard-Opitz 2000, de Villiers & Pyers 2002, Ruffman et al. 2003). Je ne vais pas essayer de choisir entre les hypothèses syntaxique et sémantique parce que je pense que ces deux facteurs jouent un rôle. Je vais cependant adopter la conclusion selon laquelle quelle que soit la ToM qui permet l'évolution du langage (et son acquisition), ce n'est probablement pas la ToM complète qui permet de passer les tests de la fausse croyance et des contextes complexes. Ce que ceci signifie, ce n'est pas que la ToM ne joue pas un rôle dans l'évolution/acquisition du langage, mais que la question de la nature de la ToM qui facilite ces deux processus doit être soigneusement examinée.
Quelle sorte de ToM permet à la fois l'évolution et l'acquisition du langage ?
Dans un livre récent et tout à fait fascinant sur la communication animale (Hauser & Konishi 1999 et Reboul 2003b pour un compte-rendu), Perrett consacre un chapitre à la base cellulaire de la lecture de l'esprit à partir des visages et des actions. Il montre qu'il y a trois types de cellules dans le cortex temporal des macaques : des cellules qui encodent l'apparence visuelle du corps et du visage, statiques ou dynamiques ; des cellules qui encodent des mouvements corporels et spatiaux spécifiques ; des cellules qui répondent à des mouvements corporels et spatiaux particuliers interprétés comme des actions dirigées vers un but. Il y a aussi des cellules pré-frontales qui encodent à la fois le composant moteur et l'apparence visuelle de mouvements spécifiques, quelque chose comme un concept général d'action. Ceci conduit Perrett à un scénario en deux étapes dans lequel les cellules temporales identifient le mouvement comme intentionnel (dans le sens non technique) et alertent les cellules pré-frontales qui identifient l'action. De plus, un quatrième type de cellules dans l'aire temporale semblent distinguer les actions initiées par soi et d'autres dimensions générées des stimuli visuels. Selon Perrett, ce système visuel sophistiqué pourrait être suffisant pour une vie sociale complexe, sans qu'une capacité de lecture d'esprit additionnelle ne soit nécessaire. Enfin, cette population temporale de neurones semble avoir des analogues dans le cerveau humain.
A quoi le système qui vient d'être décrit se ramenerait-il en termes de ToM ? Il devrait couvrir au moins un des modules associé à la ToM, ID, et peut-être aussi EDD. En d'autres termes, un individu pourvu d'un tel système neuronal devrait être capable de détecter l'intentionnalité dans le comportement d'autrui et, peut-être, de détecter la direction du regard. Il n'est pas clair qu'il couvre aussi SAM, étant donné que, d'après Baron-Cohen (Idem), SAM livre des représentations ternaires du type [Maman-voit (je-vois-fille)], c'est-à-dire des représentations enchâssées, et il n'y a pas de raison de penser que ce système neuronal puisse, par lui-même, permettre l'enchâssement. Ce qui est clair, cependant, c'est que, au début de l'acquisition du langage, bien que ID et EDD soient en place, SAM n'est pas entièrement opérationnel. Ceci suggère que, malgré le titre de l'article de Perrett, ce qui est en question ici pourrait être davantage du côté de la lecture du comportement que de celui de la lecture de l'esprit. La question est alors : si ID et EDD sont nécessaires à l'acquisition du langage bien que SAM ne le soit pas (au moins au tout début de l'acquisition), et étant donné qu'il y a des indications qu'ID et EDD existent chez les primates, pourquoi ID et EDD ne suffiraient-ils pas aussi (du point de la lecture du comportement ou de l'esprit) à l'évolution du langage ? Remarquons que ce n'est pas la question de savoir si l'ontogénie récapitule la philogénie, mais plutôt une question de conditions nécessaires à l'évolution d'une nouvelle capacité, la capacité d'acquérir un langage. Remarquons aussi que je ne prétends pas qu'il n'y a pas plus dans l'évolution/acquisition du langage qu'une capacité à lire le comportement. Ce que je suggère est plutôt que la sorte de capacité sociale nécessaire pour l'évolution du module d'acquisition du langage pourrait avoir été de l'ordre de la lecture du comportement plutôt que de celle de l'esprit. Ainsi SAM, que l'on peut considérer comme la première étape dans la lecture de l'esprit, ne serait pas nécessaire à l'acquisition (ou à l'évolution) du langage au moins à ses débuts. La question suivante est alors : une capacité linguistique d'une sorte quelconque (quelque immature qu'elle puisse être) est-elle nécessaire au développement de SAM ? Autrement dit, est-ce qu'un animal non-linguistique pourrait développer SAM ?
On a montré que les chimpanzés sont capables de suivre le regard (cf. Povinelli 2000) exactement comme le sont les bébés. On peut donc s'interroger pour savoir si ceci indique que les chimpanzés et les bébés ont SAM ou si cela indique simplement qu'ils ont ID et EDD. Le seul comportement commun qui indiquent que les chimpanzés et les bébés ont SAM est qu'ils sont capables de suivre le regard. La raison pour laquelle ceci impliquerait une représentation ternaire du type décrit par Baron-Cohen n'est pas claire. En d'autres termes, bien que des représentations ternaires puissent apparaître sur la base d'une capacité à suivre le regard, il n'est pas clair que cette capacité soit basée sur des représentations ternaires.
Si ceci est correct, il semble que l'acquisition/évolution du langage, bien qu'elle s'appuie de façon peu surprenante sur des capacités sociales, pourrait avoir besoin d'une capacité à lire le comportement plutôt que d'une capacité à lire l'esprit. Une capacité à lire l'esprit complète, comme la ToM, ne serait donc pas nécessaire. Ceci nous permettrait de poser différemment la question de la relation entre l'évolution/acquisition du langage et l'évolution/acquisition de la ToM.
La co-évolution du langage et de la ToM
Comme le montre le tableau ci-dessus, le langage et la ToM sont acquis en tandem, au moins si l'on s'appuie sur les tests de la fausse croyance et des contextes opaques comme pierre de touche de la possession d'une ToM. Cette confiance a été critiquée par Bloom & German (2000), qui ont remarqué que le test de la fausse croyance teste beaucoup d'autres choses que la ToM, comme, par exemple, la mémoire. Cette critique est probablement juste, mais elle ne signifie pas que le test de la fausse croyance ne teste pas la ToM : en effet, la possession d'une ToM s'appuie sur la capacité à attribuer à autrui des croyances différentes de celles que l'on a soi-même. On remarquera aussi la question méthodologique qui est qu'il n'y a pas de test plus approprié à l'heure actuelle.
Cependant, la question en ce qui concerne les tests de la fausse croyance et des contextes opaques pourrait plutôt être que, comme ils dépendent du langage, ils ne peuvent bien évidemment pas être réussis avant que la maîtrise du langage ne soit bien avancée. Ainsi, une telle objection pourrait être formulée en disant qu'il n'y a rien de surprenant dans le fait que la réussite à ces tests soit tardive et qu'ils ne nous donnent pas d'information sur les capacités à lire l'esprit des enfants avant qu'ils n'atteignent une maîtrise linguistique suffisante pour passer le test. Cette objection est peut-être correcte, mais les indications de plus en plus nombreuses qui s'accumulent en faveur de l'existence d'un lien fort entre lecture de l'esprit et langage lui retirent beaucoup de son poids. Si l'on suppose qu'il y a un tel lien, en quoi consisterait-il précisément ?
Dans une série d'expériences, Povinelli (2000) a essayé de montrer que les chimpanzés, malgré leurs capacités sociales et leur performance d'utilisateurs d'outils, n'ont pas une ToM ou une physique naïve comparable à celle des humains (cependant ces expériences ont été critiquées, notamment par Hauser 2001). La différence serait due au fait que ces deux capacités sont centrées chez les humains autour de concepts abstraits correspondant à des "entités" invisibles mais supposées causalement efficaces comme la force, la croyance, etc. Selon Povinelli, non seulement les chimpanzés ne possèdent pas ces concepts, mais aucun entraînement ne leur permet de les acquérir. La théorie de Povinelli en ce qui concerne cette différence majeure est qu'elle s'explique par la présence chez les humains et l'absence chez les chimpanzés du langage. Autrement dit, dans cette hypothèse, le langage est ce qui permet aux êtres humains de développer des concepts abstraits du type que je viens de décrire. Remarquons que, bien que les concepts abstraits dans la ToM puissent dépendre d'une capacité à l'enchâssement du type de celle que décrivent Hauser et al. (2002), il n'y a pas de raison de penser que ce soit le cas pour les concepts abstraits de la physique naïve. Ainsi, il se pourrait que nous ayons effectivement besoin du langage pour lire l'esprit, bien que nous n'ayons pas besoin de lire l'esprit pour le langage à ses débuts, même si nous avons besoin de capacités à lire le comportement. Ceci signifie que le langage pourrait avoir une fonction cognitive, bien que je ne souhaite pas discuter ici de la possibilité que ce soit la base de son évolution (pour une proposition intéressante dans cette voie, cf. Newmeyer 2003).
Conclusion: à quoi sert la ToM ?
Si nous n'avons pas besoin de la ToM pour acquérir le langage et si nous n'en avons pas eu besoin pour l'évolution du langage, à quoi sert une ToM complète ? Une première suggestion (gricéenne) consisterait à dire que nous en avons besoin pour l'interprétation des énoncés. Cette position a été critiquée par Sperber et Wilson (2002) qui avancent l'hypothèse que l'interprétation des énoncés s'appuie sur un module dédié à la compréhension, module qui aurait évolué spécifiquement pour la compréhension linguistique et qui exploiterait des principes métareprésentationnels ainsi que le principe de pertinence dont on sait qu'il est basé sur un principe d'économie cognitive. Ceci semble priver la ToM de tout rôle significatif dans l'interprétation des énoncés.
Je voudrais cependant en revenir à une distinction introduite par Sperber (1994) entre trois stratégies interprétatives : l'optimisme naïf, dans lequel l'interlocuteur considère que le locuteur est tout à la fois compétent et bienveillant ; l'optimisme prudent, dans lequel l'interlocuteur considère que le locuteur est bienveillant, mais pas nécessairement compétent ; la compréhension sophistiquée, dans laquelle le locuteur n'est considéré ni comme compétent, ni comme bienveillant. Dans la première stratégie, il n'y a pas besoin de ToM, alors qu'un peu de ToM est nécessaire dans la seconde et qu'une ToM complète est requise dans la troisième. Il est commun de dire que la communication (particulièrement la communication linguistique) amène la possibilité de la tromperie. C'est peut-être ici que le scénario de la co-évolution prend une nouvelle dimension : l'évolution d'un mécanisme d'acquisition du langage permet l'émergence du langage et de la communication linguistique qui permettent respectivement le développement d'une ToM complète et de la tromperie. Et la ToM serait le meilleur outil pour détecter et contrer la tromperie, bien que je n'irai pas jusqu'à avancer un quelconque effet Baldwin comme celui que décrit Godfrey-Smith (à paraître), dans lequel une nouvelle situation (ici la communication linguistique) conduit à l'adoption de nouveaux comportements (ici la ToM depuis le langage), conduisant à un changement dans l'écologie sociale (les meilleurs lecteurs d'esprit sont favorisés), et donc à des changements dans les pressions sélectives, qui pourraient conduire à l'évolution de ces nouveaux comportements, c'est-à-dire à une augmentation de génomes prédisposant les individus à acquérir ces comportements (ici une ToM complète).
Un mot pour finir: Dehaene (1997) a montré comment les mathématiques sophistiquées actuelles sont issues et sont encore déterminées par la numérosité, une capacité de relativement bas niveau que nous partageons avec un grand nombre d'espèces animales, depuis les oiseaux jusqu'aux primates. La numérosité doit être complétée par du langage et par un système de notation symbolique pour être le fondement des mathématiques. Ma suggestion est qu'une capacité à lire l'esprit peut s'appuyer pour se développer sur des capacités de lecture du comportement relativement simples, augmentées par le langage. Elle peut ensuite être utilisée dans la communication linguistique sophistiquée (comme la fiction par exemple) bien qu'elle ne soit probablement pas nécessaire pour l'acquisition ou l'évolution du langage et pour la majeure partie de la communication linguistique quotidienne.
Bibliographie
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Verbal comprehension is metarepresentational
(1 réponse)
Dan Sperber, 26 févr. 2004 18:01 UT
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At least two routes into language
(1 réponse)
Simon Baron-Cohen, 24 févr. 2004 23:33 UT
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Not Only Language and Not Only for Language
(3 réponses)
Cristiano Castelfranchi, 24 févr. 2004 14:18 UT
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Language facilitates constructing more powerful modules such as TOM
(3 réponses)
Eric Baum, 22 févr. 2004 20:52 UT
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UNDERSTANDING ATTENTION: IS IT A PSYCHOLOGICAL MATTER?
(1 réponse)
Cristina Meini, 22 févr. 2004 17:51 UT
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Bricolage in the Evolution of Language and Mind-Reading 
Michael Arbib
21 févr. 2004 18:52 UT
1. I agree with Anne Reboul’s conclusion that “full-blown mind reading may rest on relatively simple behavior-reading abilities supplemented by language to develop … [and] probably is not necessary for either language acquisition or evolution ...” I agree, too, with Gärdenfors that we must treat ToM as a complex of structures rather than a single one, and with Diesenbruck that language acquisition must also be subdivided, but think that the emphasis on word acquisition may be mistaken and that “fully fledged” ToM (ffToM) is impossible without more complex utterances. Here are some specific comments on different aspect of Reboul’s discussion:
2. Reboul asserts that “it is hard to imagine that linguistic communication could take place if our species could not mind read”. I would agree that linguistic communication would seem to require some form of shared attention (cf. Gärdenfors) but do not see why it would require mind reading rather than behavior reading to be of great social benefit. Indeed, Reboul quotes Perrett’s [1999] analysis of "A cellular basis for reading minds from faces and actions" which may perhaps be more akin to behavior reading than mind reading, and yet be sufficient for a complex social life without needing an additional mind reading capacity. I will return to this topic in my own paper discussing the Mirror System Hypothesis later in this series.
3. I would like to see a more critical discussion of ID as “the detector of intentionality”. I think there is compelling evidence to distinguish what is called imitation in the newborn from what I would consider “true” imitation in the one-year old infant. Perhaps a similar distinction between “the early appearance of something with some of the characteristics of intentionality” and “later appearance of an understanding of the intentions of others” might be helpful in our multi-aspect approach to ToM.
4. I would like to see a thread discussing why mind reading is useful, as distinct from behavior reading. If I see that you are angry and behave in a more guarded fashion because of this, one might explain it in “mind talk” but in this case analysis of behavioral disposition in relation to facial expression seems more than adequate. Why then do mental states figure in folk psychology as more than dispositions for current behavior? It seems that the ability to follow quasi-causal chains to link a variety of behaviors by an individual seem crucial, and it may require both good episodic memory and the ability to use language to organize it to ground a folk psychology that makes these mental states feel real. This seems to support Reboul’s position.
5. Reboul notes Sperber & Wilson’s (2002) notion of a dedicated comprehension module, which evolved especially for the comprehension of linguistic communication, but this seems too all-or-none. Language is regenerative - not simply expressing extant meanings but also creating new realities as experience crystallizes around new words and expressions and stories. However, Sperber’s (1994) distinction between three interpretive strategies that she cites does seem helpful. Whereas the speaker of early language (in either sense) might simply be uttering a description or command, effective use of modern language will often (not always) have a communicative goal of affecting the speaker in a certain way. With experience, one builds increasingly subtle models of individuals to tailor one’s utterance not only to one’s general experience with them but also to one’s sense of their current state. This is true for behavior, but becomes amplified in subtlety because language can communicate so many more messages which can thus go wrong in so many ways. Basic animal behavior in terms of hierarchy seem to be the basis for this - the protoToM, if you like, once coupled to, e.g., the facial expression of the emotions or other communicator (e.g., pheromones) of current state.
6. Let me just add that much of the “evolutionary process” described in Reboul’s article and here may well be a historical process building on a biology adequate to support protolanguage, rather than resting on specific biological changes.
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1 reponse à Bricolage in the Evolution of Language and Mind-Reading:
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Reply to Michael Arbib
Anne Reboul, 23 févr. 2004 13:16 UT
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Do we still need a False Belief Task?
(3 réponses)
Gloria Origgi, 18 févr. 2004 12:30 UT
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Joint attention as a scaffold for language
(1 réponse)
Peter Gärdenfors, 18 févr. 2004 10:40 UT
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Nota: les flèches jaunes ( ) indiquent de nouveaux messages mis en ligne depuis votre dernière visite.
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