Français | English
Colloques       Bibliographie       Liens       Nous


Evolution du langage depuis la théorie de l'esprit ou coévolution du langage et de la théorie de l'esprit
Anne Reboul
(Traduction de l'original en anglais de Anne Reboul)


 Modérateurs : Peter Ford F. Dominey, Anne Reboul, Gloria Origgi
 

Introduction

Pendant des siècles, les philosophes et les savants essayent de répondre à la question de ce qui est le propre de l'homme, par opposition au reste de la nature, c'est-à-dire aux autres animaux. Parmi les nombreuses capacités qui ont été proposées, de la bipédie au rire, en passant par la fabrication et par l'usage des outils, il n'en reste que deux dont on peut dire de façon claire et indiscutable qu'aucun animal ne les possède : le langage et la théorie de l'esprit (c'est-à-dire la capacité à interpréter et à prédire le comportement d'autrui par l'attribution d'états mentaux, comme la croyance, le désir, les sentiments, etc.). Ainsi, malgré les nombreuses tentatives pour apprendre aux primates à parler, aucun d'entre eux, même le célèbre Kanzi, n'a obtenu la maîtrise d'un langage comparable du point de vue de la complexité (à la fois quantitativement et qualitativement) aux langues humaines. Du point de vue qualitatif, il paraît extrêmement douteux que les primates puissent apprendre la syntaxe et, du point de vue quantitatif, leur vocabulaire reste très limité. La même chose peut être dite de la théorie de l'esprit (ci-après ToM) : malgré le fait indiscutable que les primates (principalement les deux espèces de chimpanzés) vivent dans des sociétés hiérarchisées sophistiquées, avec une dose non négligeable de fluidité sociale, on n'est pas arrivé à montrer de façon indiscutable qu'ils aient le type de ToM dont jouissent les êtres humains (normaux). De fait, il semble y avoir de bonnes raisons de penser qu'ils pourraient appartenir, selon la distinction de Sterelny (2000) entre lecteurs de comportement et lecteurs d'esprit, au premier groupe plutôt qu'au second, alors que les êtres humains sont clairement des lecteurs d'esprit.

D'un autre côté, le statut du langage quant à son évolution reste peu clair: s'agit-il d'une adaptation ou d'une quelconque exaptation (c'est-à-dire d'un sous-produit d'autres capacités qui seraient, quant à elles, le fruit d'une adaptation) ? Dans le premier cas, le langage a-t-il évolué à partir de la communication animal ou est-il sui generis ? Dans le second cas, à partir de quoi a-t-il été exapté ? Et quelles seraient les adaptations à partir desquelles le langage a émergé et comment, exactement, lui ont-elles permis d'émerger ? Le fait même que le langage et la ToM semblent spécifiques à l'espèce humaine, combiné au fait que la ToM semble avoir un rôle dans n'importe quel comportement communicatif sophistiqué, et à l'idée que le langage a évolué à partir des systèmes de communication animaux, ont conduit certains chercheurs à l'hypothèse que la ToM était un pré requis pour l'évolution du langage, ou, alternativement, que c'était une des adaptations à partir desquelles le langage a été exapté. (Il faut noter que le fait que le langage pourrait d'abord avoir été une exaptation ne lui interdit pas d'être devenu, par une pression environnementale, une adaptation, par exemple en étant sélectionné puis inscrit dans le génotype. C'est par exemple un scénario plausible pour la bipédie, cf. Berge & Gasc 2001, Picq 2003). Si le lien entre la communication et la ToM ainsi que l'hypothèse selon laquelle le langage a évolué à partir de la communication animale sont admis, alors le langage, qu'il ait évolué ou qu'il ait été exapté, est vu principalement comme un système de communication, c'est-à-dire un système dont la fonction principale est la communication. De fait, ceci s'accorde bien avec l'hypothèse de la Cognition sociale, proposée par Humphrey (1976), et selon laquelle la cognition sociale a évolué sous la pression de la taille des groupes chez les animaux sociaux et que les autres capacités cognitives en seraient dérivées.

L'idée selon laquelle il y a un lien entre le langage et la ToM n'est pas une surprise pour le pragmaticien, particulièrement lorsqu'il est d'obédience gricéenne : une des hypothèses centrales de la pragmatique contemporaine est que la communication linguistique est sémantiquement sous déterminée et que le décodage de la phrase doit s'accompagner de processus inférentiels livrant l'interprétation complète de l'énoncé (cf., entre autres, Sperber & Wilson 1995, Levinson 2000, Reboul & Moeschler 1998). Ces processus inférentiels pourraient être basés sur la ToM. En effet, il est difficile de penser que la communication linguistique pourrait exister sans que notre espèce puisse lire l'esprit. Dans deux articles récents, Origgi & Sperber (2000, à paraître) ont lié cette particularité de la communication linguistique au problème de l'évolution du langage. Ils font remarquer que ce n'est pas tant le langage lui-même qui a évolué, mais la capacité à l'acquisition du langage. Ils indiquent le rôle de la ToM dans la solution du paradoxe que ceci soulève : à quoi sert l'acquisition du langage s'il n'y a pas de langage que l'on puisse acquérir ? Ce paradoxe, qui est insoluble si l'on adopte une vision codique de la communication linguistique, se dissout si l'on adopte une vision inférentielle ou mixte, parce que l'inférence intervient. A la base, ce que ceci signifie est que le langage n'aurait pas pu apparaître sans une capacité quelconque à lire l'esprit. De fait, c'est une hypothèse très fréquente dans la littérature sur l'évolution du langage (cf. Givon & Malle 2002 et, pour un compte-rendu, Reboul 2003a).

Je ne m'intéresserai pas ici au processus précis de l'évolution du langage (cf. Christiansen & Kirby 2003), mais au problème plus délicat de savoir si l'évolution de la ToM a effectivement précédé l'évolution du langage, c'est-à-dire aux aspects chronologiques du problème, tout autant qu'au type de ToM qui a dû précéder le langage.

Une succession d'évolutions ou une co-évolution du langage et de la ToM ?

En bref, l'évolution du langage n'aurait probablement pas pu se faire sans une ToM opérationnelle et ceci suggère un scénario dans lequel l'évolution de la ToM a précédé et a été une condition de l'évolution du langage. Comme l'a indiqué précédemment Malle (2002), les choses ne sont cependant pas aussi simples : par exemple, nos plus proches parents dans la famille des grands primates, les deux espèces de chimpanzés, ne semblent pas avoir de ToM comparable à la ToM humaine (ceci ne veut pas suggérer que nous aurions pu hériter notre ToM des chimpanzés, mais que les chimpanzés et les êtres humains auraient pu l'hériter de leur ancêtre commun d'il y a environ sept millions d'années) ; qui plus est, le principal test de la ToM, le test de la fausse croyance, n'est pas réussi par les enfants avant quatre ans. Par ailleurs, un test plus récent, le test des contextes opaques (cf. Kamawar & Olson 2000, Robinson & Apperly 2003), n'est pas réussi avant cinq ans. Cependant, l'acquisition du langage commence approximativement vers 9 mois, très longtemps avant que les enfants puissent passer le test de la fausse croyance, comme le montre le tableau suivant (construit à partir des données de Baron-Cohen 1995 et Bloom 2000):

 

Age

Language acquisition

ToM acquisition

From birth to 9 months

 

ID and EDD

9 months to 18 months

Going from 6 words to 40

SAM

24 months

311 words

Development of TOM

30 months

574 words

Development of TOM

48 months

Development of vocabulary

False belief test

60 months

Development of vocabulary

Opaque context test

 

(Où ID est le détecteur d'intentionnalité, EDD est le détecteur de direction du regard et SAM est le mécanisme d'attention partagée). Le problème est que, exactement comme une ToM opérationnelle est supposée permettre l'évolution du langage, une ToM opérationnelle est supposée nécessaire pour l'acquisition du langage (Bloom 2000). Le tableau ci-dessus suggère que soit ces hypothèse sont fausses soit une vision plus complexe, impliquant la co-évolution ou la co-acquisition plutôt qu'une succession entre la ToM et le langage, est nécessaire. De fait, il y a des données expérimentales qui indiquent un lien entre succès au test de la fausse croyance et capacités linguistiques, que ce lien soit de nature syntaxique, sémantique ou les deux à la fois (cf. entre autres Yun Chin & Bernard-Opitz 2000, de Villiers & Pyers 2002, Ruffman et al. 2003). Je ne vais pas essayer de choisir entre les hypothèses syntaxique et sémantique parce que je pense que ces deux facteurs jouent un rôle. Je vais cependant adopter la conclusion selon laquelle quelle que soit la ToM qui permet l'évolution du langage (et son acquisition), ce n'est probablement pas la ToM complète qui permet de passer les tests de la fausse croyance et des contextes complexes. Ce que ceci signifie, ce n'est pas que la ToM ne joue pas un rôle dans l'évolution/acquisition du langage, mais que la question de la nature de la ToM qui facilite ces deux processus doit être soigneusement examinée.

Quelle sorte de ToM permet à la fois l'évolution et l'acquisition du langage ?

Dans un livre récent et tout à fait fascinant sur la communication animale (Hauser & Konishi 1999 et Reboul 2003b pour un compte-rendu), Perrett consacre un chapitre à la base cellulaire de la lecture de l'esprit à partir des visages et des actions. Il montre qu'il y a trois types de cellules dans le cortex temporal des macaques : des cellules qui encodent l'apparence visuelle du corps et du visage, statiques ou dynamiques ; des cellules qui encodent des mouvements corporels et spatiaux spécifiques ; des cellules qui répondent à des mouvements corporels et spatiaux particuliers interprétés comme des actions dirigées vers un but. Il y a aussi des cellules pré-frontales qui encodent à la fois le composant moteur et l'apparence visuelle de mouvements spécifiques, quelque chose comme un concept général d'action. Ceci conduit Perrett à un scénario en deux étapes dans lequel les cellules temporales identifient le mouvement comme intentionnel (dans le sens non technique) et alertent les cellules pré-frontales qui identifient l'action. De plus, un quatrième type de cellules dans l'aire temporale semblent distinguer les actions initiées par soi et d'autres dimensions générées des stimuli visuels. Selon Perrett, ce système visuel sophistiqué pourrait être suffisant pour une vie sociale complexe, sans qu'une capacité de lecture d'esprit additionnelle ne soit nécessaire. Enfin, cette population temporale de neurones semble avoir des analogues dans le cerveau humain.

A quoi le système qui vient d'être décrit se ramenerait-il en termes de ToM ? Il devrait couvrir au moins un des modules associé à la ToM, ID, et peut-être aussi EDD. En d'autres termes, un individu pourvu d'un tel système neuronal devrait être capable de détecter l'intentionnalité dans le comportement d'autrui et, peut-être, de détecter la direction du regard. Il n'est pas clair qu'il couvre aussi SAM, étant donné que, d'après Baron-Cohen (Idem), SAM livre des représentations ternaires du type [Maman-voit (je-vois-fille)], c'est-à-dire des représentations enchâssées, et il n'y a pas de raison de penser que ce système neuronal puisse, par lui-même, permettre l'enchâssement. Ce qui est clair, cependant, c'est que, au début de l'acquisition du langage, bien que ID et EDD soient en place, SAM n'est pas entièrement opérationnel. Ceci suggère que, malgré le titre de l'article de Perrett, ce qui est en question ici pourrait être davantage du côté de la lecture du comportement que de celui de la lecture de l'esprit. La question est alors : si ID et EDD sont nécessaires à l'acquisition du langage bien que SAM ne le soit pas (au moins au tout début de l'acquisition), et étant donné qu'il y a des indications qu'ID et EDD existent chez les primates, pourquoi ID et EDD ne suffiraient-ils pas aussi (du point de la lecture du comportement ou de l'esprit) à l'évolution du langage ? Remarquons que ce n'est pas la question de savoir si l'ontogénie récapitule la philogénie, mais plutôt une question de conditions nécessaires à l'évolution d'une nouvelle capacité, la capacité d'acquérir un langage. Remarquons aussi que je ne prétends pas qu'il n'y a pas plus dans l'évolution/acquisition du langage qu'une capacité à lire le comportement. Ce que je suggère est plutôt que la sorte de capacité sociale nécessaire pour l'évolution du module d'acquisition du langage pourrait avoir été de l'ordre de la lecture du comportement plutôt que de celle de l'esprit. Ainsi SAM, que l'on peut considérer comme la première étape dans la lecture de l'esprit, ne serait pas nécessaire à l'acquisition (ou à l'évolution) du langage au moins à ses débuts. La question suivante est alors : une capacité linguistique d'une sorte quelconque (quelque immature qu'elle puisse être) est-elle nécessaire au développement de SAM ? Autrement dit, est-ce qu'un animal non-linguistique pourrait développer SAM ?

On a montré que les chimpanzés sont capables de suivre le regard (cf. Povinelli 2000) exactement comme le sont les bébés. On peut donc s'interroger pour savoir si ceci indique que les chimpanzés et les bébés ont SAM ou si cela indique simplement qu'ils ont ID et EDD. Le seul comportement commun qui indiquent que les chimpanzés et les bébés ont SAM est qu'ils sont capables de suivre le regard. La raison pour laquelle ceci impliquerait une représentation ternaire du type décrit par Baron-Cohen n'est pas claire. En d'autres termes, bien que des représentations ternaires puissent apparaître sur la base d'une capacité à suivre le regard, il n'est pas clair que cette capacité soit basée sur des représentations ternaires.

Si ceci est correct, il semble que l'acquisition/évolution du langage, bien qu'elle s'appuie de façon peu surprenante sur des capacités sociales, pourrait avoir besoin d'une capacité à lire le comportement plutôt que d'une capacité à lire l'esprit. Une capacité à lire l'esprit complète, comme la ToM, ne serait donc pas nécessaire. Ceci nous permettrait de poser différemment la question de la relation entre l'évolution/acquisition du langage et l'évolution/acquisition de la ToM.

La co-évolution du langage et de la ToM

Comme le montre le tableau ci-dessus, le langage et la ToM sont acquis en tandem, au moins si l'on s'appuie sur les tests de la fausse croyance et des contextes opaques comme pierre de touche de la possession d'une ToM. Cette confiance a été critiquée par Bloom & German (2000), qui ont remarqué que le test de la fausse croyance teste beaucoup d'autres choses que la ToM, comme, par exemple, la mémoire. Cette critique est probablement juste, mais elle ne signifie pas que le test de la fausse croyance ne teste pas la ToM : en effet, la possession d'une ToM s'appuie sur la capacité à attribuer à autrui des croyances différentes de celles que l'on a soi-même. On remarquera aussi la question méthodologique qui est qu'il n'y a pas de test plus approprié à l'heure actuelle. Cependant, la question en ce qui concerne les tests de la fausse croyance et des contextes opaques pourrait plutôt être que, comme ils dépendent du langage, ils ne peuvent bien évidemment pas être réussis avant que la maîtrise du langage ne soit bien avancée. Ainsi, une telle objection pourrait être formulée en disant qu'il n'y a rien de surprenant dans le fait que la réussite à ces tests soit tardive et qu'ils ne nous donnent pas d'information sur les capacités à lire l'esprit des enfants avant qu'ils n'atteignent une maîtrise linguistique suffisante pour passer le test. Cette objection est peut-être correcte, mais les indications de plus en plus nombreuses qui s'accumulent en faveur de l'existence d'un lien fort entre lecture de l'esprit et langage lui retirent beaucoup de son poids. Si l'on suppose qu'il y a un tel lien, en quoi consisterait-il précisément ?

Dans une série d'expériences, Povinelli (2000) a essayé de montrer que les chimpanzés, malgré leurs capacités sociales et leur performance d'utilisateurs d'outils, n'ont pas une ToM ou une physique naïve comparable à celle des humains (cependant ces expériences ont été critiquées, notamment par Hauser 2001). La différence serait due au fait que ces deux capacités sont centrées chez les humains autour de concepts abstraits correspondant à des "entités" invisibles mais supposées causalement efficaces comme la force, la croyance, etc. Selon Povinelli, non seulement les chimpanzés ne possèdent pas ces concepts, mais aucun entraînement ne leur permet de les acquérir. La théorie de Povinelli en ce qui concerne cette différence majeure est qu'elle s'explique par la présence chez les humains et l'absence chez les chimpanzés du langage. Autrement dit, dans cette hypothèse, le langage est ce qui permet aux êtres humains de développer des concepts abstraits du type que je viens de décrire. Remarquons que, bien que les concepts abstraits dans la ToM puissent dépendre d'une capacité à l'enchâssement du type de celle que décrivent Hauser et al. (2002), il n'y a pas de raison de penser que ce soit le cas pour les concepts abstraits de la physique naïve. Ainsi, il se pourrait que nous ayons effectivement besoin du langage pour lire l'esprit, bien que nous n'ayons pas besoin de lire l'esprit pour le langage à ses débuts, même si nous avons besoin de capacités à lire le comportement. Ceci signifie que le langage pourrait avoir une fonction cognitive, bien que je ne souhaite pas discuter ici de la possibilité que ce soit la base de son évolution (pour une proposition intéressante dans cette voie, cf. Newmeyer 2003).

Conclusion: à quoi sert la ToM ?

Si nous n'avons pas besoin de la ToM pour acquérir le langage et si nous n'en avons pas eu besoin pour l'évolution du langage, à quoi sert une ToM complète ? Une première suggestion (gricéenne) consisterait à dire que nous en avons besoin pour l'interprétation des énoncés. Cette position a été critiquée par Sperber et Wilson (2002) qui avancent l'hypothèse que l'interprétation des énoncés s'appuie sur un module dédié à la compréhension, module qui aurait évolué spécifiquement pour la compréhension linguistique et qui exploiterait des principes métareprésentationnels ainsi que le principe de pertinence dont on sait qu'il est basé sur un principe d'économie cognitive. Ceci semble priver la ToM de tout rôle significatif dans l'interprétation des énoncés. Je voudrais cependant en revenir à une distinction introduite par Sperber (1994) entre trois stratégies interprétatives : l'optimisme naïf, dans lequel l'interlocuteur considère que le locuteur est tout à la fois compétent et bienveillant ; l'optimisme prudent, dans lequel l'interlocuteur considère que le locuteur est bienveillant, mais pas nécessairement compétent ; la compréhension sophistiquée, dans laquelle le locuteur n'est considéré ni comme compétent, ni comme bienveillant. Dans la première stratégie, il n'y a pas besoin de ToM, alors qu'un peu de ToM est nécessaire dans la seconde et qu'une ToM complète est requise dans la troisième. Il est commun de dire que la communication (particulièrement la communication linguistique) amène la possibilité de la tromperie. C'est peut-être ici que le scénario de la co-évolution prend une nouvelle dimension : l'évolution d'un mécanisme d'acquisition du langage permet l'émergence du langage et de la communication linguistique qui permettent respectivement le développement d'une ToM complète et de la tromperie. Et la ToM serait le meilleur outil pour détecter et contrer la tromperie, bien que je n'irai pas jusqu'à avancer un quelconque effet Baldwin comme celui que décrit Godfrey-Smith (à paraître), dans lequel une nouvelle situation (ici la communication linguistique) conduit à l'adoption de nouveaux comportements (ici la ToM depuis le langage), conduisant à un changement dans l'écologie sociale (les meilleurs lecteurs d'esprit sont favorisés), et donc à des changements dans les pressions sélectives, qui pourraient conduire à l'évolution de ces nouveaux comportements, c'est-à-dire à une augmentation de génomes prédisposant les individus à acquérir ces comportements (ici une ToM complète).

Un mot pour finir: Dehaene (1997) a montré comment les mathématiques sophistiquées actuelles sont issues et sont encore déterminées par la numérosité, une capacité de relativement bas niveau que nous partageons avec un grand nombre d'espèces animales, depuis les oiseaux jusqu'aux primates. La numérosité doit être complétée par du langage et par un système de notation symbolique pour être le fondement des mathématiques. Ma suggestion est qu'une capacité à lire l'esprit peut s'appuyer pour se développer sur des capacités de lecture du comportement relativement simples, augmentées par le langage. Elle peut ensuite être utilisée dans la communication linguistique sophistiquée (comme la fiction par exemple) bien qu'elle ne soit probablement pas nécessaire pour l'acquisition ou l'évolution du langage et pour la majeure partie de la communication linguistique quotidienne.

Bibliographie

Baron-Cohen, S. (1995) Mindblindness. An essay on autism and theory of mind, Cambridge, MA, The MIT Press.

Berge, C. & Gasc, J-P. (2001) "Quand la bipédie devient humaine", in Picq, P. & Coppens, Y. (eds), Aux origines de l'humanité. Le propre de l'homme, Paris, Fayard, 80-125.

Bloom, P. (2000) How Children Learn the Meanings of Words, Cambridge, MA, The MIT Press.

Bloom, P. & German, T. (2000) "Two reasons to abandon the false belief task as a test of theory mind", Cognition 77, B25-B31.

Christiansen, M.H. & Kirby, S. (eds) (2003) Language evolution, Oxford, Oxford University Press.

De Villiers, J.G. and Pyers, J.E. (2002), "Complements to cognition: a longitudinal study of the relationship between complex syntax and false-belief understanding", Cognitive Development 17, 1037-1060.

Dehaene, S. (1997) The number sense, Oxford, Oxford University Press.

Givon, T. & Malle, B. (eds) (2002) The evolution of language out of pre-language, Amsterdam, John Benjamins Pub. Co.

Godfrey-Smith, P. (forthcoming) "Between Baldwin skepticism and Baldwin boosterism", in Weber, B. & Depew, D. (eds), Learning and evolution. The Baldwin effect reconsidered, Cambridge, MA, The MIT Press.

Hauser, M.D. (2001). "Elementary, my dear chimpanzee. Review of "Folk physics for apes" (D. Povinelli)", Science 291, 440-441.

Hauser, M., Chomsky, N. & Fitch, T. (2002) "The faculty of language. What is it, who has it, and how did it evolve?", Science 298, 1569-1579.

Hauser, M. & Konishi, M. (eds) (1999) The design of animal communication, Cambridge, MA, The MIT Press.

Humphrey, N. (1976) "The social function of intellect", in Bateson, P. & Hinde, R. (eds), Growing points in ecology, Cambridge, Cambridge University Press, 303-317.

Kamavar, D. and Olson, D.R. (2000) "Children’s Representational Theory of Language: Problems of Opaque Contexts", Cognitive Development 14, pp. 531-548.

Levinson, S. (2000) Presumptive meaning. The Theory of Generalized Conversational Implicature, Cambridge, MA, The MIT Press.

Malle, B. (2002), "The relation between language and theory of mind in development and evolution", in Givon, T. & Malle, B. (eds), The evolution of language out of pre-language, Amsterdam, John Benjamins Pub. Co., 265-284.

Newmeyer, F. (2003) "Grammar is grammar and usage is usage", Language 79/4, 682-707.

Origgi, G. & Sperber, D. (2000) "Evolution, communication and the proper function of language: a discussion of Millikan in the light of pragmatics and of the psychology of mindreading", in Carruthers, P. & Chamberlain, A. (eds), Evolution and the human mind. Language, modularity and social cognition, Cambridge, Cambridge University Press, 140-169.

Perrett, D. (1999) "A cellular basis for reading minds from faces and actions", in Hauser, M. & Konishi, M. (eds) The design of animal communication, Cambridge, MA, The MIT Press.

Picq, P. (2003) Au commencement était l'homme. De Toumaï à Cro-Magnon, Paris, Odile Jacob.

Povinelli, D. (2000) Folk Physics for Apes, Oxford, Oxford University Press.

Reboul, A. (2003a) "Review: Givon, Talmy and Bertram F. Malle, eds (2002) The Evolution of Language out of Pre-language. John Benjamins Publishing Company, paperback ISBN 1-58811-238-1, ix+392", Linguist list issue 14.1734.

Reboul, A. (2003b) "Review: Hauser, Marc D. and Mark Konishi, ed. (2003) The Design of Animal Communication, MIT Press.", Linguist list issue 14.3088.

Reboul, A. & Moeschler, J. (1998) La pragmatique aujourd'hui. Vers une nouvelle science de la communication, Paris, Le Seuil.

Robinson, E.J. and Apperly, I.A. (2001) "Children’s difficulties with partial representations in ambiguous messages and referentially opaque contexts", Cognitive Development 16, pp. 595-615.

Ruffman, T., Slade, L., Rowlandson, K., Rumsey, C. and Garnham, A. (2003) "How language relates to belief, desire and emotion understanding", Cognitive Development 18, pp. 139-158.

Sperber, D. (1994) "Understanding verbal understanding", in Khalfa, J. (ed.), What is intelligence?, Cambridge, Cambridge University Press, pp. 179-198.

Sperber, D. & Origgi, G. (in press) "Qu'est-ce que la pragmatique peut apporter à l'étude de l'évolution du langage?", in Hombert, J-M. (ed.) L'origine de l'homme, du langage et des langues.

Sperber, D. & Wilson, D. (1995) Relevance. Communication and cognition, Oxford, Basil Blackwell, 2nd edition.

Sperber, D. and Wilson, D. (2002) "Pragmatics, modularity and mind reading", Mind and Language 17, pp. 3-23.

Sterelny, K. (2000) "Primate worlds", in Heyes, C. & Huber, L. (eds), The evolution of cognition, Cambridge, MA, The MIT Press, 143-162.

Yun Chin, H. and Bernard-Opitz, V. (2000) "Teaching Conversational Skills to Children with Autism: Effect on the Development of a Theory of Mind", Journal of Autism and Developmental Disorders 30/6, pp. 569-583.

Ouvrir Verbal comprehension is metarepresentational (1 réponse)
Dan Sperber, 26 févr. 2004 18:01 UT
Ouvrir At least two routes into language (1 réponse)
Simon Baron-Cohen, 24 févr. 2004 23:33 UT
Ouvrir Not Only Language and Not Only for Language (3 réponses)
Cristiano Castelfranchi, 24 févr. 2004 14:18 UT
Ouvrir Language facilitates constructing more powerful modules such as TOM (3 réponses)
Eric Baum, 22 févr. 2004 20:52 UT
Ouvrir UNDERSTANDING ATTENTION: IS IT A PSYCHOLOGICAL MATTER? (1 réponse)
Cristina Meini, 22 févr. 2004 17:51 UT
Ouvrir Bricolage in the Evolution of Language and Mind-Reading (1 réponse)
Michael Arbib, 21 févr. 2004 18:52 UT
Ouvrir Do we still need a False Belief Task? (3 réponses)
Gloria Origgi, 18 févr. 2004 12:30 UT
Fermer Joint attention as a scaffold for language  
Peter Gärdenfors
18 févr. 2004 10:40 UT

I find the topic of Anne Reboul’s paper extremely important. However, I have some problems with the way she describes a ToM, in particular the function of shared attention, and its role for the evolution of language.

First of all, ToM does not come in a single package. In my recent book How Homo Became Sapiens, I distinguish several levels of a theory of mind: having a theory of emotions, having a theory of attention, having a theory of intentions, having a theory of beliefs, and having self-consciousness. Reboul seems to do something similar in her paper since she distinguishes the intentionality detector (ID), the eye direction detector (EDD) and the shared attention mechanism (SAM). Separating ToM into several components means that one cannot only ask one question about the connection between ToM and the evolution of language, but one must separate the roles of the different components. Second, there is an ambiguity in what can be meant by “shared attention”. On the one hand, it can mean just “I see what you see” which is a second order attention. This is presumably what Reboul means by eye direction detection. On the other, it can mean what Tomasello and others call joint attention. The latter involves that I see that you are looking at an object and you see that I see the same object, but also that I see that you want me to look at what you look at. Thus joint attention also involves a theory of intention.

The most fundamental form of intentional communication is to manipulate the attention of others. Tomasello (1999, p. 102) writes that in order for me to understand that you want to communicate about an object, I must understand that you intend us to jointly attend to the object. To achieve this requires a second order intention and a second order attention. But not even this is necessary to reach intentional communication. Ingar Brinck (2001) argues that if I aim at manipulating your attention it is sufficient that I intend that you and I jointly attend to something. This only requires a first order intention and a second order attention, since it is not necessary that you understand that I intend to communicate. Such a form of communication can be achieved, for example, by pointing and joint gaze contact – something which children manage from an age of about one year and which presumably also apes are capable of.

Even though intentional communication can be achieved without joint attention, the mechanism is very important in language learning. First of all, joint attention is triadic in that the two attendees and the attended object form a “referential triangle” (see picture on p. 104 in Tomasello (1999)). But, most importantly, joint attention scaffolds language learning. If an adult points to a frog and the child sees what the adult is pointing to and reaches joint attention by shifting its gaze between the adult and the frog, the child will connect the word ”frog” with the perception of the object. Normally, one or two instances are sufficient for a child to learn this connection. And once it has coupled the word with the object, the child can use the word itself to direct the attention of somebody else. Such a role reversal is possible once you master joint attention. Tomasello’s claim is that pointing is an essential component in the language learning mechanism and unless the child masters it, the rest of language learning will not work either. I am not implying that language is learnt by pointing and joint attention only – there are many other mechanisms (Bloom 2000) – but it is a mechanism that plays an important role in language acquisition and presumably played a similar role in the evolution of the early stages of language. The available evidence indicates that apes and other animals never reach joint attention. They do not understand that a human or another ape has intention towards their attentional state. This may a crucial factor in why they have difficulties in learning language, let alone develop a language of their own. In brief, the relation between ToM and language evolution (or language acquisition for that matter) is an entangled matter. However, the mechanism of joint attention, which is a crucial stage in the development of a ToM, is necessary for developing a language that goes beyond merely signaling. I submit that at least for this component of ToM, it must precede language, evolutionarily as well as developmentally. References

Bloom, P. (2000): How Children Learn the Meanings of Words, MIT Press, Cambridge, MA.

Brinck, I. (2001): ”Attention and the evolution of intentional communication.” Pragmatics and Cognition 9(2), pp. 255-272.

Gärdenfors, P. (2003): How Home Became Sapiens: The Evolution of Thinking, Oxford University Press, Oxford. Tomasello, M. (1999): The Cultural Origins of Human Cognition, Harvard Unversity Press, Cambridge, MA.

  1 reponse à Joint attention as a scaffold for language:
    Ouvrir Reply to Peter Gärdenfors
Anne Reboul, 18 févr. 2004 13:28 UT
 
Nota: les flèches jaunes (   ) indiquent de nouveaux messages mis en ligne depuis votre dernière visite.
 
© 2010 interdisciplines.