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La conférence Web Art et cognition a été lancée en novembre 2002 - sur un thème interdisciplinaire entièrement exploré par l’intermédiaire de l’Internet. Ce format novateur qu’est celui de la conférence Web a rendu possible une conversation, virtuelle mais intellectuellement pleine, entre membres de diverses disciplines et de divers pays. Les auteurs qui y ont contribué avec leurs textes et ont répondu aux questions n’ont pas eu à se déplacer de leurs trois continents respectifs ; et, en partie grâce à la nature foncièrement libre de la communication par le Web, un dialogue s’est établi entre des personnes travaillant dans des milieux de tous genres et qui, d’ordinaire, ont rarement l’occasion de se rencontrer. Ce dialogue a aussi montré la nature des malentendus causés par les frontières souvent rigides qui prévalent entre les cultures disciplinaires, mais il a, en même temps, permis l’élaboration de la réflexion nécessaire pour les résoudre. Ainsi, le Web nous semble un outil idéal pour lancer des débats innovants et réellement interdisciplinaires : un point de départ pour leur éventuel développement.
Nous voudrions rappeler ici, en bref, les principaux points soulevés au cours de cette session de « brainstorming » sur un sujet dont l’intérêt croît rapidement pour les chercheurs, philosophes et scientifiques, ainsi que pour les artistes et le public en général. La conférence a été conçue en premier lieu à partir de « méta »-questions. Dans notre appel à contributions, nous avons simplement demandé aux auteurs de s’interroger sur ce que les sciences cognitives pouvaient nous dire d’intéressant sur l’art ; et, vice-versa, sur ce que l’expérience artistique pouvait nous dire sur le cerveau. Les dix textes et discussions qui résultent de cet appel offrent autant d’approches à ces « méta »-questions, mais certains thèmes en particulier ont émergé. La « table ronde » qu’ouvre ce texte de conclusion devrait être l’occasion de se demander si ces thèmes offrent des réponses satisfaisantes et, en même temps, de souligner les questions qu’ils provoquent à leur tour.
1. Art et langage
Trois textes au moins ont abordé la nature de la relation entre art et langage. Avigdor Arikha a exploré ce qu’il appelle « le langage pictural », afin de démontrer que les tableaux obéissent à une syntaxe qui, une fois apprise, permet de les comprendre. Roberto Casati, pour sa part, et dans une perspective foncièrement différente, a défini les œuvres d’art comme étant des objets communicatifs qui provoquent des conversations. David Cohen a insisté sur le rôle des intentions communicatives dans la compréhension d’une œuvre d’art. Le parallèle entre art et langage n’empêche pourtant pas de définir l’un et l’autre comme des systèmes de représentation du monde, puissants et structurés, dont la fonction principale n’est pas de communiquer mais de représenter le monde. Dès lors, comment cette « syntaxe » des systèmes représentationnels que sont le langage et l’art est-elle liée à leur fonction de communication ?
2. Art et conscience
Un autre thème au centre des discussions a été l’idée que l’art lui-même pouvait nous rendre conscients de notre propre expérience perceptuelle. Alva Noë a parlé de l’artiste comme d'« une sorte d’instigateur d’expérience », dans la mesure où : « Le peintre littéralement énacte le contenu d’une expérience possible ». Nicolas Bullot a défini l’art expérimental comme « toute action (quels que soient les médias utilisés pour la mémoire de cette action) basée sur la construction d’une situation d’ancrage qui prend en compte, ou révèle, un problème cognitif ou politique ». Ainsi, le rôle de l’art serait de rendre le spectateur conscient de sa façon de percevoir le monde. Comment cette notion nous aide-t-elle à comprendre la phénoménologie de l’expérience artistique ? L’accent mis sur la conscience est-il spécifique de l’art contemporain, ancré dans les motivations historiques de l’avant-garde du vingtième siècle ? Ou est-il un aspect fondamental de toute expérience artistique, et donc une clé pour comprendre la nature de la conscience ?
3. Cognition et conscience
La thèse selon laquelle l’art exploite nos systèmes perceptuels, émotionnel et cognitif, n’implique pas la thèse plus forte, énoncée en 2, selon laquelle la conscience de notre « travail » perceptuel et cognitif serait un ingrédient constitutif de l’expérience artistique. Un objet artistique peut exploiter nos mécanismes neurologiques mais sans que nous nous en rendions compte. L’étude de François Quiviger sur la proprioception et la théorie de réponse émotive de David Freedberg semblent toutes deux affirmer que la représentation artistique est une fonction de l’universalité et de la stabilité de nos réponses émotionnelles, mais que nous avons conscience de l’œuvre à travers cette réponse, non de la réponse elle-même. Dans quelle mesure la perception d’une œuvre d’art dépend-elle de la conscience que nous avons de notre expérience perceptuelle et émotionnelle ?
4. Universalité
La réponse émotionnelle occupe une position centrale dans l’étude de la cognition de l’art. Cependant, des interrogations sont apparues au cours des débats sur les critères d’une telle étude. Si l’on accepte que l’expérience artistique possède des qualités universelles, et qu’il existe une classe d’émotions spécifiques à l’art, alors une telle étude devrait être possible. Mais de nombreuses contributions ont manifesté un certain scepticisme quant à cette universalité. On peut douter que l’évocation par V. S. Ramachandran d’une réaction de type « Aha » comme expérience centrale suffise à convaincre les sceptiques.
5. Historicité et normativité
Présente implicitement dans ces questions, mais souvent ramenée aussi à la surface au cours des discussions, est la difficulté d’étudier l’expérience artistique sans établir préalablement les normes d'une définition de ce qu’est une expérience artistique. Le problème a été soulevé de plusieurs façons, notamment par John Armstrong dans sa description de l’esthétique kantienne, par Alain Grumbach dans son analyse de la création collective d’un très nouveau genre d’œuvre d’art, ainsi que par Nicolas Bullot, qui affirme un « engagement normatif » dans sa défense de l’art expérimental. Les historiens de l’art, sensibles aux modes de la production artistique au sein de moments historiques particuliers, partagent tous une approche normative des objets de l’expérience artistique, mais il est clair que la possibilité d’un dialogue entre sciences cognitives et praticiens de l’art dépend en grande partie de la résolution de ce débat. Est-il possible de ne pas adopter une approche normative et d’affirmer qu’appréciation et cognition sont bien différentes l’une de l’autre ? Dans la même perspective, y a-t-il conflit entre l’approche cognitiviste de l’art et son approche historiciste ?
Réactions
A tous - auteurs, discutants, participants, témoins silencieux – nous voudrions vous demander votre avis sur les discussions qui ont eu lieu au cours de ces semaines. Ont-elles répondu aux questions que vous vous posiez au sujet de ce trop vaste thème ? Bien évidemment, nous arrivons en fin de parcours avec plus de questions que de réponses : est-ce que la perception d’œuvres d’art requiert des ressources cognitives spécifiques ? Est-ce que l’évaluation d’œuvres dépend nécessairement de normes ? Et ces normes pourraient-elles avoir un sens sans leur histoire ? Peut-on s’interroger sur l’expérience artistique sans simplifier excessivement l’intention artistique ?
Quels thèmes auriez-vous voulu voir aborder ou développer davantage ?
Vos réactions à la dimension technique de la conférence sont aussi les bienvenues. Avez-vous apprécié le format ? Est-il facile à utiliser ? De quelle manière pourrait-il être amélioré ? Le rythme de deux textes par semaine était-il adéquat ? Trop rapide ? Trop lent ? Auriez-vous souhaité plus d’images ? Plus de liens ? Une bibliographie plus riche ? Plus de contact avec nous, les modératrices, ou avec les auteurs ?
À vous !
Enfin, nous voudrions vous remercier tous pour votre participation. Le succès d’un événement interactif de ce genre dépend en grande partie de l’enthousiasme des participants : l’intensité et le haut niveau des discussions ont largement récompensé l’effort fourni pour lancer cette conférence. |
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Instigateur d’expérience, réponse à Gloria Origgi
(0 réponses)
Bernard Gortais, 14 févr. 2003 15:42 UT
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Art et science
(4 réponses)
Caterina Saban, 2 févr. 2003 21:40 UT
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Un état cognito-artistique ?
(0 réponses)
pol knots, 30 janv. 2003 16:14 UT
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Reply to J. Dokic : Aesthetical attention and object, H, reflexive procedures, routine disruption at the level of thought
(1 réponse)
Maria Rossi, 29 janv. 2003 17:37 UT
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Déjà?
(1 réponse)
Jose Luis Guijarro, 29 janv. 2003 16:18 UT
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Que ressort-il de ce colloque par delà les divergences? 
Pascale Cartwright
29 janv. 2003 12:02 UT
Malgré les divergences, je vois un lien : « sensation active », « énaction », « inhibition des routines », objets qui doivent « attirer l’attention », « rasa » (capture de l’essence même afin de provoquer une disposition spécifique), « valorisation ».
Les œuvres d’art seraient des œuvres sur lesquelles on « s’arrête » pour les percevoir/concevoir « activement ». On cesse d’agir de manière utilitaire, pour « agir sur l’inutile ». Pourquoi fait-on cela ?
L'attention esthétique est-elle point de départ de l’ensemble ?
Je pense que l’art « mis en œuvre » est débarrassé de toute émotion spécifique, même s’il provoque des émotions comme n’importe quelle image, scène ou parole. Lorsque Avigdor Arikha utilise le mot « émotion », moi j’utiliserais le mot « compréhension » (ici accès à la connaissance, de manière à la fois globale, détaillée et non linéaire). Je maintiens donc ce que j’ai dit au début du colloque. L’art « participe » à la connaissance au même titre que la science. C’est entre autre parce que l’art est débarrassé de toute émotion que l’art participe à la connaissance. Les émotions « déforment » l’information. Il serait intéressant de lire le texte de John Armstrong aux lumières des connaissances actuelles en biologie et psychologie entre autres sur la mémoire (mémoire collective, mémoire transgénérationnelle, génétique, évolution). J’ai observé en étudiant certains écosystèmes et leur fonctionnement que la science ne peut venir à bout de ces « systèmes ». Les études scientifiques ont la caractéristique de présenter le système de manière linéaire, alors que ce sont des systèmes qui fonctionnent de manière globale (tout, en même temps et partout). Cette globalité, perceptible par nos sens est difficilement exprimable par le langage discursif. Par contre, l’art nous amène à saisir cette « globalité ». Il semble que déjà une part de cette connaissance soit « en nous », engrammée au cœur de nos cellules, et qu’elle ressurgisse quand elle est sollicitée. Ainsi l’art fait « resurgir » en nous la connaissance.
Enfin, l’être humain semble être le seul « être » capable de nuire à ses pairs pour des raisons autres que sa propre survie. Si l’on considère l’art comme « attitude humaine », je dirais que l’art est la seule attitude humaine qui ne nuit pas à la perpétuation de l’espèce.
En cela, l’art serait l’attitude humaine la plus « élevée ».
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1 reponse à Que ressort-il de ce colloque par delà les divergences?:
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Non-linearity and normativity
Noga Arikha, 4 févr. 2003 0:09 UT
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L’art est révélation e l’artiste un témoin
(0 réponses)
Giordano Mariani, 28 janv. 2003 10:22 UT
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Thanks / merci, éloge du colloque virtuel, et recherches de formes nouvelles
(2 réponses)
Maria Rossi, 28 janv. 2003 3:28 UT
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Trop ou trop peu ?
(1 réponse)
jean-francois Doucet, 27 janv. 2003 15:20 UT
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Un colloque passionnant
(2 réponses)
Bernard Gortais, 27 janv. 2003 14:13 UT
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Thank you, merci.
(1 réponse)
Pascale Cartwright, 27 janv. 2003 10:02 UT
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